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    Pandémie

    Pandémie (1)

    Aujourd’hui, j’ai appelé une collègue, juste pour entendre la voix de quelqu’un avec qui je travaille, enfin avec qui je travaille en même temps, mais dans une dimension qui ne nous permet pas de nous voir. Juste pour dire bonjour, ça va ? Et de répondre ben non, ça ne va pas. D’habitude, ce genre d’échanges, qui arrivent à être beaucoup plus riches, on se le dit en face, mais dans l’isolement qui est le mien, face à mon étagère de bouquins pour horizon, et mon téléphone pour seul agent de liaison, c’est difficile d’échanger avec le mur. Presque trois mois de télétravail. Les visios me sortent par les yeux, les textos accélèrent mon rythme cardiaque. Et le bruit de la machine à café me manque. Quitte à boire un café dégueulasse, mieux vaut le partager en petit comité masqué que d’en boire un bon tout seul.

    Entre mon bureau personnel et mon bureau professionnel, il n’y a plus de distance. Je me lève de l’un pour aller à l’autre mais je ne vais jamais très loin. Enfin, je ne bouge pas. Au moindre reportage à l’extérieur, j’ai l’impression de partir en voyage. Oh là là, demain je suis sur le terrain, comme disent les journalistes.

    Alors, par nostalgie, sans aucun doute, je fais escale dans les toilettes sur le palier du lieu où je travaille habituellement, mais nous ne sommes plus habituellement. Je regarde par la porte vitrée, des fois que quelqu’un m’autoriserait à rentrer. Mais il n’y a personne. A part le courrier qui attend, dans son bac en plastique et que personne n’a rentré encore, parce qu’il n’y a personne pour le rentrer. Et je repars. Au retour, hop, petite re-pause dans les toilettes sur le palier, histoire de ne pas avoir de remords. Direction le bureau perfessionnel, contraction de personnel et de professionnel.

    Le bruit me manque, le silence me perturbe, l’absence des autres me trouble. Et chaque matin, dans un sourire confiné, il faut donner le change. Ne surtout pas parasiter une réunion de travail avec ses petits tracas quotidiens, le poids de l’isolement, le chômage partiel non partagé. L’isolement peut rendre fou. Avant, il rend malade. Et quand on arrive à trouver des béquilles médicamenteuses, c’est qu’il est déjà trop tard.

    Mais peu importe. Les lieux de travail ne sont pas contaminés. La production est saine et sauve. La conscience tranquille. La machine continue d’avancer, avec ses grosses roues. Comme un drone, avec personne à l’intérieur mais piloté de partout. C’est étonnant comme un collectif peut s’adapter à une réalité artificielle et qu’un individu, non. Allez, demain matin, un grand sourire et que le spectacle continue. Les clowns, de toute façon, n’ont jamais été drôles. Mais le dresseur de fauves, lui, en impose.

    Pandémie (2)

    Ce matin, en entrant dans l’open-space qui ronronnait de silence comme un gros chat empaillé, j’ai dit « bonjour tout le monde », comme si la formule, en équilibre sur ma bouche, m’était finalement tombée des lèvres à cause d’une bousculade. L’habitude a quand même de drôles d’habitudes indélébiles. Sans doute ai-je cru, du moins mon cerveau, que la lumière allumée, au fond de l’open-space, résultait d’une action étrangère à mes propres servitudes quotidiennes.

    J’ai dû penser, l’espace d’un éclair, que la lumière qui me précédait signifiait que quelqu’un également m’avait précédé, ce matin, et que, par conséquent, je n’étais pas seul au moment de pénétrer dans mon espace de travail. Las, tout à la joie d’un début de civilisation, je me suis laissé déborder par l’ivresse de la politesse, des restes d’avant encore bien accrochés aux parois de ce que l’on disait, jadis être la société, ou du moins, le cadre institutionnel de notre travail.

    « Bonjour tout le monde » a résonné dans le vide dominical tout à ma surprise que ma langue a pu claquer contre mon palais bien avant que mon cerveau n’intercepte la pensée fondatrice de cet acte oral : il y a du monde, coco, n’oublie pas de dire bonjour !

    Le mécanisme est si fidèle que le jour où, bien entendu si ce jour arrive, la normalité de la présence de tous remplace l’anormalité de l’absence de chacun, je serais paré à toute éventualité de groupe, voire même à l’éventualité de la présence ne serait-ce qu’un seul individu.

    La politesse que ma mère m’a patiemment enseigné a grimpé en moi comme du lierre jusqu’à recouvrir la moindre parcelle de mur encore nu. Au moment où la phrase résonnait dans le vide professionnel des locaux dévolus à l’exercice de mon métier, j’ai su au fond de moi que je parlais dans le vide. Une petite gêne, vite disparue, a couru le long de mon échine et, tout de suite après la matérialité de cette formule de politesse, j’ai compris que j’avais oublié, en partant hier soir, d’éteindre la lumière.

    Ce qui expliquait la raison fondamentale qu’elle soit encore accrochée au plafond ce matin. Par acquis de conscience, j’ai fait le tour du propriétaire afin de pouvoir affirmer avec certitude qu’il n’y avait vraiment personne en dehors de moi-même. Cette vérification faite, j’ai pu, à loisir, me diriger vers la machine à café qui, depuis quelques jours, ne délivre plus de sucre.

    Je l’ai salué, comme je le fait chaque matin, en lui demandant de ses nouvelles, si elle a bien dormi. Le chuintement du café qu’elle préparait à mon endroit m’a rappelé que la beauté de ses gestes automatiques criblait mes doutes sur la déconfiture totale de toute humanité de la part des objets inanimés.

    Quand elle eut fini, je l’ai remercié et je suis reparti à mes tâches humaines. Le bruit lié à la confection de ma boisson chaude brisa l’épaisse poisse du silence enveloppant. Puis vint l’heure de la visio-conférence quotidienne. Pas de doute, la crise sanitaire nous tient encore entre ses pinces.

    Je suis un dangereux vacciné

    Je suis un dangereux vacciné. Dangereux, car ennemi juré de la liberté individuelle, sombre prédateur de la liberté collective, mouton broutant l’herbe forcément grasse du pouvoir pharmaceutique, pion décérébré d’une implacable dictature, inconscient de maintenir ma confiance dans la science, aveuglé par le discours des sachants et des thèses officielles.

    Mes veines sont désormais saturées d’un produit inconnu comme un violent raccourci à mon existence. Une existence dont l’issue fatale, quel qu’en soit la raison d’ailleurs, sera forcément la conséquence de l’injection de deux doses d’un jus de laboratoire, plus vert que le plus vert des vins nouveaux.

    Je suis un dangereux vacciné d’avoir cédé aux sirènes d’un pouvoir totalitaire afin d’avilir les plus éclairés d’entre nous, pour leur faire plier les genoux, lécher la poussière, et mater leur rébellion enfiévrée d’avoir plus que raison sur toute vérité vraie.

    Dangereux car aveugle et sourd à la répression dont je suis chaque jour le témoin privilégié et le complice abouti, triomphalement assis sur mon passe sanitaire désormais constitutionnel et la rémunération de Big Pharma, pour mon rôle de cobaye volontaire dans cette gigantesque farce mondiale qu’est la pandémie, ultime scénario universel d’une lobotomie collective.

    Dangereux, car collabo assermenté et zélé délateur des moins bien vaccinés que moi, guettant, derrière le rideau entrouvert de ma fenêtre qui donne sur la rue, le moindre signe, la moindre puce à l’oreille, m’indiquant que mon voisin est un « sans dose », un « antivax », un « anti passe », un « anti système », un rouage de l’absolue nécessité à ne plus rien croire du tout si ce n’est sa propre croyance en soi et la défiance envers tous les autres qui pensent différemment.

    Dangereux car je suis l’humus qui permet la germination de personnages hauts placés, ceux qui nous mentent sur tout et nous tiennent en respect pour nous faire ingérer, à travers une seringue, les moyens occultes de nous tenir en laisse, nous et notre descendance, au nom d’un principe dont le secret est bien gardé.

    Dangereux d’obéir, d’acquiescer, de ne pas marcher dans les couloirs autorisés de l’information avérée que sont les éminents spécialistes des réseaux sociaux et autres concepteurs de vidéos agréées, qui ont raison de conchier les chiffres officiels pour imposer les leurs, dès lors que toute information qui n’est pas délivrée par la plateforme réglementaire des non-officiels est une manipulation de masse.

    Dangereux d’avoir rejoint le côté obscur de la facilité et de ne pas douter de l’influence de la bombe atomique sur le caractère des pâquerettes, des chemtrails, du caractère aimanté de l’Arn messager, de l’existence des mammouths à poil laineux, des puces glissées à mon insu dans ma matière organique, de la quantité de choses que l’on me cache. Justement, c’est parce que je ne connais pas l’ampleur de ce que l’on ne me dit pas que je devrais douter de tout ce que je sais peu et que j’ignore complètement.

    Je suis un dangereux vacciné, désormais marqué au fer rouge de la trahison publique, haut gradé de l’ignorance, traître de ma patrie, insulte citoyenne. J’ose à peine demander pardon à ceux qui ne me pardonneront jamais d’avoir enterré ce qu’il leur reste de dignité dans un pays infiltré par l’ampleur d’un Big Brother consumériste dont le pouvoir soporifique permet d’engourdir les consciences, de les extraire des chemins essentiels pour les rediriger vers des chemins aléatoires où le choix est une obligation.

    J’ai relu récemment le roman de George Orwell, 1984, sous le manteau. J’ai reconnu l’architecture de notre société actuelle. J’avais caché le livre au fond de ma cellule. Mais comme la lecture est strictement interdite, on m’a coupé une main pour faire comprendre à l’autre ce qu’elle devra ne plus jamais faire. C’est cela la démocratie, une prison qui s’ignore. Je vous avais prévenu, je suis un dangereux vacciné.

    Aux opprimés de la seringue

    aux persécutés de salon,

    aux esclaves de l’opinion,

    aux victimes de la dictature républicaine,

    aux asphyxiés de la liberté étranglée,

    aux comprimés en un seul mot,

    aux scénaristes sans limite,

    aux martyrs du Macronisme,

    aux tyrannisés sanitaires,

    aux souffre-douleur de l’industrie pharmaceutique,

    aux cobayes des labos,

    aux proies de la critique,

    aux boucs émissaires du variant,

    aux interdits de restaurant,

    aux reclus des bistrots,

    aux ardents défenseurs de l’égalité,

    aux seuls protecteurs de la démocratie,

    aux insurgés des vrais combats,

    aux éclopés de la pensée libre,

    aux accidentés de l’expression sans limite,

    aux abuseurs de mots,

    aux pleurnicheurs de coin de table,

    aux philosophes éclairés,

    oui, à toi l’anarchiste anti-Doctolib, le drapeau noir de la dose, l’étendard du monde nouveau, l’insoumis à toute épreuve,

    toi le révolté d’avant-garde, le rebelle dépasteurisé,

    toi le visiteur médical, l’expert en molécules, le mutin diplômé de la non-faculté de médecine,

    toi qui sais dans ta chair ce qu’est une étoile jaune,

    toi qui a subi l’horreur de la dictature,

    toi qui a côtoyé le nazisme,

    toi le brimé hexagonal, le mutin de la ceinture de sécurité, le factieux du radar automatique,

    toi l’écraseur de vieilles dames au nom de la liberté de griller les feux rouges, toi le nudiste indécrottable au nom de j’emmerde la pudeur,

    toi le 2 grammes au volant au nom de l’esprit français,

    toi qui portes des shorts en hiver et des polaires en été,

    toi le révolutionnaire des palais de justice,

    le contre-exemple du code pénal,

    toi le fumeur patenté au nom de la liberté du cancer du poumon,

    toi qui sais contre tous ceux qui ignorent,

    toi qui n’es pas vacciné mais qui nous emmerde, le guérillero modèle, l’indiscipliné du village, le frondeur sans Thierry, l’indocile sans ticket d’horodateur,

    toi qui chaque jour rends hommage à l’essence de la contestation,

    si tu trouves que cette société t’empêche de t’épanouir dans le grand bain des libertés individuelles,

    toi qui a fais du vaccin anti-Covid, l’alpha et l’oméga de l’insubordination, vas chatouiller l’oreille de Kim Jong-un, en Corée du Nord. Et reviens tout frais. Puisque cette dictature là ne peut pas être pire que celle que tu vis. Avec mes salutations distinguées. Entre l’impair du petit peuple et l’impasse sanitaire, régales toi de ce que tu n’auras plus.

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