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    Les cris vains 

    Les cris vains, publics, montaient du silence établi par le manque de courage ou le manque d’intérêt ou le manque simplement d’un rien d’humanité. Les cris vains ne demandent qu’un juste trait d’union, une passerelle entre l’autre et l’autre, une main tendue dans les forêts épaisses de l’administration, des formulaires préfectoraux, des questionnaires d’allocataires, des demandes à foison pour ci,pour ça, pour vire, pour survivre, pour exister légalement, pour ne pas repartir où la mort les attend. Les cris vains montent encore dans les questionnements troubles, les incompréhensions dressées comme des Everest, les cases à cocher comme des océans infranchissables.

    Les cris vains, on les entend, se cogner aux parois des journées difficiles, des soirées intenables, des nuits lestées de doutes, des aubes sans consistance, des lumières sans reflet. Parfois, dans le silence épais des indifférences, les cris vains pensent se faire entendre, ils pensent être parvenus au bout de sa quête et pouvoir repartir, le coeur plein de certitudes quand il comprend, trop tard, qu’il n’y aura rien d’autres que le vide d’avant.

    Les cris vains, publics, nous parviennent aux oreilles quand de chaque côté de la logique, les mondes se sont sont effondrés, quand un petit rien, un petit zeste de solidarité, une planche même au-dessus du précipice permet de relier un bord à l’autre. Et dans l’écho qui se cogne à l’injustice poisseuse, les cris vains montent d’un ton, ce n’est plus un cri mais une supplique, un juste appel à l’aide, une leçon d’humanité, un rendez-vous avec notre conscience.

    Quand les cris vains se tairont, il n’y aura plus rien, autour de nous, que notre propre langue, que nos propres mots, nos propres limites érigés en enceintes infranchissables pour accéder aux autres. C’est ça que nous voulons ? Un monde sourd et muet à la détresse de celui qui marche à côté de nous ?

    Les cris vains, publics, avaient trouvé enfin l’écrivain public qui prolongeait le trait entre leur désir de comprendre et celui d’être compris. Après, après ? Les cris vains ne pourront que crier en vain, dans le désert conscient de nos frontières budgétaires.


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