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    "Garder les yeux ouverts"





    Elevons le débat avec Laurent Aucher, Maître de conférences HDR en sociologie à l'université d'Orléans, chercheur en CEDETE et memble de l'AISL, qui nous a fait parvenir ce texte 

    Tel est le sous-titre de la très belle exposition temporaire que le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
    de Besançon consacre, jusqu’au 21 septembre prochain, à Ceija Stojka (1933-2013). Née « tzigane » dans
    le sud-est de l’Autriche, elle fut déportée avec d’autres membres de sa famille pendant la Seconde Guerre
    mondiale avant d’être la première femme de la communauté rom rescapée à témoigner par écrit de son
    expérience concentrationnaire.

    Mais, en toute logique, même si elle y fait référence, c’est moins ici ses écrits que ses peintures et dessins
    que cette exposition vise à mettre en valeur à travers plus d’une centaine d’œuvres parmi le millier qu’elle
    a produites. Avec cette intensité propre aux plus grands artistes, elle rend compte dans un style naïf et
    expressionniste de son enfance tzigane et des heures sombres de la Déportation. La dernière section
    thématique de l’expo porte sur le motif de l’œil, qui occupe une place centrale dans ses productions. Ainsi
    peut-on lire ceci sur l’un des panneaux explicatifs qui accompagnent les peintures : « Ce que je désire du
    monde est que les gens fassent attention et qu’ils gardent les yeux ouverts sur le monde qu’ils traversent et
    qu’ils veillent à ce que cela ne se reproduise jamais. »

    De ce point de vue, l’élection au printemps dernier de Yannick Le Roux, maire d’extrême droite à
    Vierzon, doit nous inciter plus que jamais à analyser le présent avec l’acuité que nous transmettent des
    artistes comme Ceija Stojka. Car cette élection n’est pas neutre, loin s’en faut, au moins pour deux
    raisons.

    Quelle qu’elle soit, on le sait, la constitution d’un ordre politique dominant participe de décisions chargées
    idéologiquement. Le choix de supprimer la commémoration de l’abolition de l’esclavage ou encore
    d’interdire à l’association vierzonnaise de veille démocratique VSV d’être présente au Forum des
    associations prévu en septembre, alors même que celle d’Éclats de femmes (non implantée localement et
    très critiquée par les milieux féministes) y est autorisée, témoigne d’un parti pris peu enclin à favoriser la
    diversité, le vivre-ensemble et les idées de progrès social.

    La deuxième raison est liée au fait que, depuis l’arrivée au pouvoir à Vierzon de l’extrême droite, nous
    assistons clairement à une libération de la parole. Ici, le premier édile, lors d’une visite inopinée le 6 mai
    au Forum-République en présence de conseillers municipaux, dont Ahmed Taoussi (élu sur la liste
    d’opposition de centre droit et de droite), et de policiers municipaux, déclare sur sa page Facebook vouloir
    « assainir le quartier », « faire place nette » et « rendre le forum aux commerçants et aux Vierzonnais. »
    Là encore sur les réseaux sociaux, des proches soutiens du maire, et plus encore certains élus de la
    majorité, tiennent des propos injurieux, calomnieux voire diffamatoires à l’encontre de personnalités
    d’opposition.

    Plus que jamais, nous devons veiller à garder les yeux ouverts et à agir, quelle que soit notre sensibilité

    politique, pour combattre les valeurs de rejet véhiculées par l'extrême droite.


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