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    L'Olympic, derrière la vitre


    Je me suis assis à cette table. Derrière ces vitres. L'une des chaises était vide, bien sûr puisque j'étais seul. Dehors, la DS bleue de Lucien Theurier indiquait l'ouverture de l'Olympic, une habitude dans le brouhaha de la ville, une horloge tout en carrosserie vieillotte et rouillée, un anachronisme garé sur le trottoir. La DS devenait un repère suranné dans la modernité de l'air. Lucien en descendait, pénétrait dans son vaste bistrot au comptoir étrangement long. 

    Il se tenait derrière, tout au bout, et ramassait la monnaie en la balayant d'une main et en ouvrant son tiroir caisse de l'autre. Cet homme était un monument, une montagne d'histoire, joueur de foot, joueur de rugby (la même saison), il était arrivé à Vierzon dans les fumées de la seconde guerre. Il y est resté.Le formica poussait sa matière dans tous les recoins de ce bistrot immense. 

    Il fut un temps où il se remplissait de tant de clients, où Lucien Theurier, le poitrail dressé, les cheveux coiffés sévèrement régnait sur son univers. Je suis arrivé au crépuscule de l'Olympic quand la passion des bistrots a fait pousser en moi la nécessité de les immortaliser.

    J'ai donc planté mon appareil photo sur pied dans le bar et j'ai mitraillé, à 360 degrés, sans rien oublier, ni les traits et le gilet fatigué du patron, ni le baby-foot en sommeil, ni la pendule en forme d'étoile (que j'ai toujours). Derrière, on peut encore y lire les années où Lucien Theurier changeait la pile. 

    Le grand homme s'en est allé, sa DS au paradis des DS, son bistrot dans l'enfer de l'effacement et de l'oubli. Pourtant, cette photo est le miroir de chacun de nous, de moi-même en particulier. En noir et blanc parce que ce sont les deux couleurs qui vont le mieux avec le silence. Où est la table, où sont les deux chaises, où est la voiture, où est le bistrot dans la mémoire ? 

    Je me suis assis à cette table, et j'ai regardé dehors, dehors m'a regardé aussi, je voulais tant voir le monde derrière cette vitre, de cette place, de cette chaise. Et me dire que j'avais laissé ici, un peu de ce que je recherche encore en regardant la photo. Le cendrier est resté vide. Je n'ai jamais fumé que mes propres rêves.


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