La ville-Usine : la porcelaine Larchevêque
La ville-usine avait des murs qui touchaient le ciel et d'autres qui empêchaient de le voir. Combien de villes dans la ville ont épongé des bataillons d'âmes ? La révolution industrielle a alimenté le brasier ouvrier de Vierzon quand les forges ont allumé la flamme. Le feu s'est répandu dans les branches de l'étoile : Vierzon-ville lovée au ceux de Vierzon-Villages, avec un S, pour symboliser les alentours du centre.
Vierzon était en deux, elle éclata en quatre avec les Forges et Bourgneuf, un peu plus tard, et chacun replié sur ses propres richesses.Dans un sursaut d'orgueil, elle se replia en une seule et unique entité. Trop tard. Les anciennes communes avaient forgé, dans le sol, les contours des grands quartiers qui rythment encore notre géographie.Revenons aux murs, hauts, sombres, gris, percés de fenêtres, murs aveugles, des usines-forteresses crevaient l'histoire vierzonnaise : celle de la Case, sur ses sept hectares, ne rappelaient-elles pas le château dont il ne reste que des miettes, brûlés, pillés, par le prince Noir et les Anglais ?
Ne fussent-ils pas des Américains qui vinrent piller le patrimoine économique vierzonnais de la Société Française en 1958 pour le clouer sur place, le vider de sa substance 37 ans plus tard ? La Case, et ses nefs comme une tour crènelée, une grande, trois petites, avec une harmonie déconcertante pour un lieu de labeur, de pénibilité. Seul le patroimoine que l'Usine est devenue est en mesure de décerner un certificat d'esthétisme à cet endroit.Le long de la rue Pierre Debournou, les hauts murs noircis de l'usine Larchevêque ont bordé mes incursions enfantines.
Comment de tels Everest ont pu pousser en plein milieu de la ville ? Et pourtant, de ces altitudes ouvrières est née la réputation de Vierzon. Combien de ces usines et de ces ateliers ont émergé du sol, comme des champignons dans la forêt urbaine. Je me souviens lorsque les murs sont tombés, l'Usine crevée en son milieu laissait apparaître ses boyaux de plâtre, des milliers de moules d'assiettes entreposés, de hauts gravats sous la lumière, un espace phénoménal vidé des son utilité.
Une rue fut même creusée pour rejoindre la rue Pierre Debournou à la rue de la Gaucherie, sobrement baptisée rue Marc Larchevêque, le patron.Combien de murs comme celui-là ont forgé le caractère de Vierzon, combien sont tombés, combien si peu sont restés ? Combien de murs ont guigné le soleil ? Combien d'hommes et de femmes se sont rendus derrière ? A Villages, Jacquin, silencieux, dominait encore le quartier. Merlin était devenu un cinéma (le Miramar puis le France). Brouhot un cabaret, rue du Cavalier. Combien de lieux, à Vierzon, renferment en eux les fantômes laborieux de leur réputation ?
Les souvenirs n'ont gardé que la noblesse et la grandeur en expurgeant la dureté de la peine. Les hauts murs de l'Usine Larchevêque ont soupiré de poussière et la ville-usine s'est délitée, comme autant de pluie dans le ruissellement du temps. Des usines, des ateliers, de grands commerces comme les Nouvelles Galeries ont cédé au désert, au vide, à la respiration mérités d'une ville assiégée par ses forteresses.Si la ville n'est plus qu'une depuis 87 ans, a-t-elle gagné la paix de l'unité ?
Pas sûr. D'autres murs se sont levés qu'il faut déjà détruire, comme un éternel recommencement, un besoin exponentiel d'oxygène dans chaque époque. Il n'y a qu'à explorer Vierzon, en creux, en détails, pour surprendre encore les braises d'un feu qui brûlera longtemps. Il y a des murs qu'on abat et des absences de murs qui se rappellent sans cesse à nous.



































