Ecrire
Écrire jusqu’aux doigts nus, pelés, brisés,
jusqu’au décharnement volontaire de chaque phalange,
jusqu’à l’évanouissement des articulations,
jusqu’au sang coagulé sur la peau de papier,
écrire sans s’arrêter, à fond de cale, sans route, sans sentier, sans direction, sans mur où se cogner,
écrire à travers champ pour traverser les nuits noires d’encre,
écrire à travers rues sur le goudron chaud des évidences,
écrire pour ne plus subir la dictature du vide, de l’absence en creux, du dérèglement des alphabets, de la canicule des verbes intransitifs, des séismes contenus,
écrire pour autant de façons qui existent de ne pas écrire, pour juguler les angoisses sourdes, tirer un trait sur le vertige des pages,
écrire jusqu’à l’irraisonnable raison d’être, pour tuer le doute, affronter le temps, demeurer debout,
écrire pour croire l’incroyable,
écrire en s’écorchant sur le barbelé des larmes à vif, pour s’arracher du sol,
écrire, écrire, écrire,
parce que respirer ne suffit plus..