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    Je marche dans la nuit vierzonnaise

    Je marchais dans la nuit vierzonnaise, quelque part entre le site de la Française, la gare, la Croix Blanche en partance pour le centre de la ville. Je marchais, l’air de ne rien chercher, l’air de ne rien vouloir non plus, juste avancer dans la ouate obscure piquée des lumières festives, l’ours avachi qui scintille une fois allumé, la brillance de fin d’année au ventre, la houle silencieuse d’une mémoire ancrée, les vestiges de mes pas dans les pas de l’enfant qui se tenait ici, juste là, au même endroit, que cette ombre d’adulte. 

    Tout a changé, rien n’a changé, tout me bouscule et tout m’épargne, je porte des souvenirs vivants et d’autres, plus enfouis, endormis, qui pourtant me picotent, une odeur, un son, un instant infinitésimal, un détail qui a traversé les époques, le sentiment d’une main qui serre la mienne, qui me tient pour acquis.

    Je marche dans la ville d’aujourd’hui, avec au coeur, les images d’hier, mais plus que des images, des sensations féroces d’enfant heureux, curieux, les yeux si grands que j’avalais tout, les vitrines, les trottoirs amis, les magasins scintillants, le Père-Noël de Monoprix, la marée lumineuse, la promesse du sapin, son parfum de sève et d’aiguilles.

    Toute la ville était la mienne, j’y trottais avec fierté, cette fierté d’enfant d’être à côté de ma mère, de celle qui dépliait devant moi, les jouets de la réalité, la joie d’être ensemble, d’être un petit garçon à la langue bien pendue, de franchir la porte du libraire de la place Foch pour me nourrir de livres sur les animaux, les volcans, l’histoire. 

    Et ce comptoir trop haut pour y percher ma vie d’où coulait le sourire éclairant des libraires. Il n’y avait rien de plus Noël que ces balades en ville, la traversée au bout de la rue du Champanet, la descente en bitume rouge le long du parapet de l’Yèvre, le virage au coin de la Banque de France, le muret du garage à vélo, la place du Mail et sa promesse de châtaignes, la traversée de la rue de la République, dès lors l’antichambre d’une promesse heureuse.

    L’ambiance de fêtes à Vierzon et ce Père-Noël suspendu au dessus de la rue, la nuit préférée au jour, ma main greffée à celle de ma mère, ma mère, guide de mon enfance, l’architecte de mon indépendance d’esprit, je marche dans la ville, le pas dédié à nos mémoires, celle que je calque avec douceur sur le Vierzon d’aujourd’hui, celle qui colore les façades éteintes, celle qui rallume les feux étouffés lentement, celle qui cimente les interstices du temps.

    Je marche dans la ville comme on marche vers soi, vers l’improbable rencontre d’une mère et de son fils, les yeux remplis d’amour et de lumière, de rires et de joies inventées. Je sais que nos pas y sont restés figés et qu’en marchant, ici, je refais les chemins à l’envers. La main dans une poche pour éviter le courant d’air.




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