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    Le roi qui ne pouvait pas craquer une allumette

     Sur son étoile en carton, un roi tout en papier, grelottait de froid. Son royaume en crépon, pourtant si coloré, était glacé du plafond jusqu’au sol, à tel point que le roi, si souvent enrhumé, éternuait des glaçons qui ne fondaient jamais.

    Il avait vendu sa couronne de papier doré pour s’acheter une bouillotte en papier chiffon, qu’il mettait sur sa tête en papier velours. Mais impossible pour lui, de trouver la moindre goutte d’eau chaude. Il coulait des robinets en papier buvard des stalactites plus grands que le roi tout froissé, à force de trembler comme une feuille au vent.

    Les nuits en papier carbone étaient encore plus froides que le jour en papier blanc et le pâle soleil en papier maïs chauffait autant qu’une ramette de photocopieur.

    Dans son pyjama en papier d’argent, le roi se cachait sous des couches et des couches et des couches de papier aquarelle, plus épais que le papier à cigarette, mais trop peu efficace pour qu’il dorme sans claquer des dents.

    Chaque nuit en papier imprimé, le roi, dans ses rêves les plus fous, voyait des pays lointains gorgés d’un soleil brûlant. Ou plus modestement, une tasse en papier de riz fumant d’un café à bonne température.

    Le matin, le roi tremblant de la tête au pied, écoutait pour se réchauffer ses chansons préférées sur du papier à musique et s’habillait de papier cadeau : il avait beau être un monarque sans chaleur, il n’était pas sans coquetterie, avec sur sa tête, un joli chapeau en papier à fleurs. Pour s’occuper l’esprit et réchauffer son corps, il dessinait sur du papier peint, des plages et des palmiers sous canicule.

    Un jour, de colère, il déchira son royaume, réduit en lambeaux les murs de son palais, fit des boules de papier avec chaque pièce, rien ne lui résista, ni les rues en cartons à dessin, ni les trottoirs en papier d’Arménie, cela sentait si bon dans tout le royaume, si bon mais si froid.

    Il déchira ses vêtements en papier A3, et le roi nu, grelotta encore plus qu’auparavant, il éternua si fort des rafales de glaçons qu’il perça toutes les parois en papier bible de son royaume. A la froidure s’ajoutèrent des courants d’air gelé.

    Le roi, sans solution, fit ce que d’autres n’auraient surtout pas fait : pour trouver, dans son monde de papier glacé, ne serait-ce qu’une boulette de chaleur, il brisa la vitre du Poste de secours, craqua l’allumette qui se trouva à l’intérieur.

    Il avait oublié qu’il était de papier et son étoile de carton.

    Comble de l’ironie, elle se consume encore, dans l’infini de l’espace, comme un soleil qui réchauffe des planètes de papier, qui à bonne distance, se sont approchées d’elle pour vivre dans sa chaleur.




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