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    "Un effacement à dessein",

    par Laurent Aucher, sociologue


    Quand l'innovation rencontre la performance

    Cette photographie a été prise à Paris le 5 septembre dernier. Elle représente une phrase manuscrite sur l’un des murs du Marché Saint-Germain, entièrement gribouillée.

    Ma première réaction en voyant ce motif a été de me dire : mais qu’y avait-t-il de si important pour que quelqu’un, délibérément, fasse le choix de transfigurer une manifestation de la pensée en un informe de la ville ?

    Mais quel était donc le contenu de cette phrase ?

    S’agissait-il d’une dénonciation, d’un règlement de comptes ou d’un propos xénophobe ?

    Prenait-elle au contraire la forme d’une déclaration d’amour ? Il n’est pas non plus exclu de penser que la personne qui a griffonné la citation ait été la même, par exemple dans un geste remords, que celle qui l’avait écrite.

    J’étais très pressé ce jour-là et je me suis limité à prendre un cliché sur le vif.

    Tout de suite après être reparti, je me souviens cependant m’être dit que cette représentation constituait une traduction conforme au processus actuel de réécriture historique auquel Yannick Le Roux, le maire de Vierzon, apparenté extrême droite, se livre sans impudence ni retenue depuis son élection en mars 2026.

    En effet, il y a chez lui, comme chez la plupart des membres de sa majorité et de ses soutiens, une volonté manifeste d’effacer le passé humaniste et de luttes sociales de l’agglomération vierzonnaise pour imposer un autre récit, antisocial et identitaire celui-ci.

    Les décisions de ne pas reconduire cette année la commémoration contre l’esclavage, celle de supprimer l’aide financière à la scolarité et de mettre fin, d’ici la fin de l’année, au service de télé-assistance aux personnes âgées (mis en place dans le cadre d’un partenariat entre le CCAS et la Mondiale Assistance), ne sont pas qu’injustes, elles sont aussi idéologiques.

    Un autre récit où le ressort rhétorique procède également d’une disqualification systématique – au sens où elle fait système – de toutes celles et de tous ceux qui s’inscrivent dans une pensée critique et émancipatrice. 

    Ainsi, la décision de déprogrammer deux spectacles (l’un initialement prévu au Mac Nab, l’autre à la médiathèque) ou encore de refuser des interventions de personnalités locales au sein de structures municipales (deux cas m’ont été signalés par les personnes concernées) est grave. De telles décisions s’apparentent à des formes de censure, inacceptables dans une démocratie locale.

    Ce que Y. Le Roux semble oublier, c’est que n’est pas républicain qui veut. Autrement dit, il ne suffit pas de s’affirmer comme tel pour l’être.

    Pour paraphraser Michel Audiard, l’extrême droite ose tout, c’est à ça qu’on la reconnaît.


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