« Quand j’entends le mot « censure »... par Gilles Magréau *
*Ancien directeur du théâtre Mac-Nab
Soyons clair : je ne pense pas au journal quotidien, mais au sulfureux héros de Beaumarchais. En effet, voilà bientôt près de trois siècles que la censure s’est violemment abattue sur cet auteur dramatique : il fut même embastillé quelques temps sur ordre de Louis XVI, pour avoir fait souffler sur le théâtre un air révolutionnaire prémonitoire.
Censurer, c’est interdire, Censurer, c’est déprogrammer. Nous arrivons là au cœur de ce qui se produit au théâtre Mac-Nab, en ce début de saison. Car enfin, sur quels critères juge-t-on un spectacle qui n’a pas encore eut lieu ?
Affirmons-le, sur une réflexion arbitraire. Qui démontrera le contraire ?
Revenons un instant sur la censure qui s’abattit sur Beaumarchais : elle aussi, elle précéda la représentation de la pièce. Certes, « Le Barbier de Séville » sentait déjà le souffre, aux yeux du pouvoir royal. Et, à n’en pas douter, « Le mariage de Figaro » allait suivre les mêmes traces.
Cependant, la « Comédie Française » réserva un accueil extrêmement favorable à cette nouvelle œuvre dramatique signée par cet inclassable écrivain.
Enfin, dernier argument opposable à cette forme de censure : le spectacle n’est pas obligatoire !
Certes, en d’autres temps, il arriva de « cultiver les masses laborieuses » malgré elles. Ces pratiques ont disparu à la fin du XXème siècle, et c’est heureux. Aujourd’hui, le public décide en son âme et conscience d’entrer, ou non, dans une salle de spectacles.
Dans ce cas, quel poids peut avoir une interdiction venue d’en haut ? Je laisse chacune et chacun juger de cette affaire…Mais, au fait, de nos jours, à Vierzon, qui se prend pour Louis XVI ?