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    Chère maman,


    j'ai bien reçu ta dernière lettre et ton petit colis rempli de tant de douceurs. J'ai installé tes pots de confiture sur une étagère, ils enchanteront mes petits-déjeuners en solitaire, même si l'ennui ne m'a jamais saisi, encore. 

    Ma fenêtre donne sur une rue et le spectacle est permanent, un flot de gens, de vélos, de voitures, des grappes de piétons qui parlent entre eux comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des années.

    En buvant mon café au lait qui n'arrivera jamais à égaler celui que tu me prépares, je me réjouis d'être ici, au beau milieu de cette ville, vivante, fourmillante même, dont chaque recoin que je visite, est une belle surprise.

    Je t'envoie cette photo du centre de la ville, j'espère que tu y trouveras, comme moi, un certain art de vivre, un plaisir même de fouler les trottoirs. 


    Mon plus malin plaisir est de descendre de chez moi (tu vois, je dis chez moi car je me suis tellement bien adapté) en fin d'après-midi et de marcher, en observant autour de moi, cette longue rue qui traverse le centre de la ville comme un épine dorsale. 

    Je m'arrête devant les vitrines des commerces et j'imagine que toi et moi, nous y entrions pendant que papa est attablé, un peu plus haut, à le terrasse de l'hôtel des Messageries.


     

    De là, c'est vrai, nous avons une vue d'ensemble extraordinaire, entre ceux qui montent, ceux qui descendent, cette foule qui emplit les pavés à l'heure de la sortie de la Société Française.

    Je dois t'avouer que je suis plein de rêves, d’envies et d'avenir. Même si ma chambre meublée est exiguë, je sais que dehors, l'espace est immense et je ne suis jamais seul, il y a toujours quelqu'un pour me saluer, me parler.

    Ainsi, au café Français, j'ai déjà mes habitudes, le serveur me glisse, en passant, un crème monsieur ? Je lui réponds bien sûr. Je suis entouré de visages désormais familiers, comme des cousins lointains avec qui l'on parlerait de tout.

    Parfois, lorsque je sors, quelqu'un m'accompagne et nous parlons de cette ville, des endroits que je devrais fréquenter, des cafés où s'asseoir pour lire un livre ou le journal.

     Je te remercie beaucoup pour l'appareil photo que tu m'as offert pour mon anniversaire, tu sais, j'en fais bon usage, et lorsque j'aurais fait développer mes premières photos, je te le enverrai pour que tu vois Vierzon, du moins avec mon regard. J'ai un petit faible pour ces longues balades le long du canal. Tu verras, lorsque vous viendrez avec papa, je vous y emmènerai. On ira cueillir des violettes que tu aimes tant, j'ai remarqué qu'elle pullulait à certains endroits.


    Voilà, je vais cesser mon bavardage, plier cette lettre et aller la porter de suite à la Poste, tu verrais le bâtiment qui se trouve près de la mairie, il est magnifique, imposant avec ses briques et sa pendule au dessus. Je t'embrasse, embrase papa pour moi également.


    Votre petit Vierzonnais à travers le temps


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