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    Ma chère maman,

    Je t’adresse, dans cette lettre, un peu de mon humour, à travers l'époque que je traverse car pour en avoir traversé plusieurs, je peux t’affirmer que la schizophrénie doit être d'origine vierzonnaise !

    Sais-tu que, plus haut, face à la gare de Vierzon, le grand hôtel de Bordeaux, se trouvait à droite du Grand pavillon de la Société Française, tu sais cette vaste usine de machinisme agricole dont je t’ai déjà parlé.



    Et bien, ce même hôtel s'est retrouvé, plus tard, à gauche du même Grand pavillon. Non, maman, ce n’est pas un tour de magie ? Ni une erreur malicieuse du photographe mais belle et bien une réalité toute vierzonnaise.



    Le centre-ville dans lequel je me plais à me promener entre ses nombreux commerces et ses non moins nombreux bistrots, est atteinte par cette anomalie. Vois-tu la R8 qui passe devant Monoprix, elle ne sait pas encore qu'elle passe devant un mirage. 



    Oui, un mirage. Car en fait, dans l’époque où je suis allé, Monoprix n'est pas là. Il est plus haut, rue de la République. 

    Pourtant, sur cette photo chère maman que tu as devant les yeux, il est ici, entre la place d'Armes qui deviendra plus tard la place Foch et la rue Gallerand. Il est là sans y être, pourtant, il y est, mais pas encore où il doit être. Je dois dire que moi même, en t’écrivant ces quelques mots, je m’y suis perdu.

    Attablé un soir, à l’hôtel du Boulevard, j’ai surpris une conversation de mes voisins, le métal des fourchettes et le creux des cuillères tremblaient des discussions sans issue à propos de la place de Monoprix à Vierzon. D'un côté de la tablée, on entendait les partisans du "je te dis qu'il était là" et de l'autre, les adhérents du "je te dis qu'il était là".

    C’est ainsi qu’au cours de mes voyages temporels, j’ai compris que des générations de Vierzonnais avaient pour boussole un magasin vu à deux endroits différents à des époques différents.

    La Dauphine, derrière la R8, voit bien que Monoprix est là mais combien d'autres voitures, plus tard, l'ont vu ailleurs ? Car, maman j’ai vu de mes yeux vus, Monoprix ailleurs que sur cette photo. A tel point qu’une fois Monoprix à son nouvel emplacement rue de la République, tout le monde parlait, dans une sorte de rétablissement géographique, de l'ancien Monoprix.

    Car à la place de celui que tu vois sur cette photo, il y aura un autre commerce que l'on n'appellera pas par son vrai nom mais "l'ancien Monoprix".

    En fait, Monoprix a changé de place, il s’est construit à la place d’un garage. Dans l'ancien (celui que tu vois), les anciens (habitants de Vierzon), retiendront un nom célèbre : Toupourien. Et quand on demandera où il se situe, on nous répondra : "dans l'ancien Monoprix."

    Ah, ma chère maman, comme je me suis amusé à reconstituer cette histoire ! Quand Monoprix, le nouveau rue de la République, fermera dans les années 1990, il sera remplacé par les Nouvelles Galeries, pas si nouvelles car elle se trouvaient un peu plus loin, dans son bâtiment d’origine.

    Du coup, les Nouvelles Galeries ont remplacé le nouveau Monoprix, en créant un incident dans le continuum espace-temps : car on parlera alors des anciennes Nouvelles galeries en évoquant le bâtiment dans lequel il se trouvait.

    Mais surtout, ma chère maman, les nouvelles Nouvelles Galeries se sont retrouvées dans l'ancien nouveau Monoprix. Tu vois ma chère maman, comme il y a ici matière à s’amuser ici, et je ne me lasse pas de cette ville atypique.

    A très bientôt, embrasse papa pour moi.


    Votre petit Vierzonnais à travers le temps.




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