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    Vierzon, état des lieux d’une campagne

    Et de ce qu’elle a laissé derrière elle
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  • Vierzon, état des lieux d’une campagne
  • 13 septembre 2026 par
    RB & B
    | Aucun commentaire pour l'instant


    Il ne s’agit pas aujourd’hui de raconter les malheurs de quelques uns, il s’agit de regarder ce qui s’est installé à Vierzon depuis le début de la campagne municipale et de poser les faits, les mots, les attitudes les uns à côté des autres

    A force de considérer chaque épisode isolément, on finit par ne plus voir l’ensemble, et l’ensemble raconte quelque chose de profondément préoccupant

    Depuis des mois, des Vierzonnaises et des Vierzonnais ont le sentiment d’être pris de haut, caricaturés, renvoyés à leurs opinions politiques, à leurs engagements, à ce qu’ils sont ou à ce qu’ils défendent, comme s’il existait désormais deux catégories d’habitants, ceux qui approuvent et les autres, ceux qui soutiennent le maire, et ceux qu’on regarde immédiatement comme des opposants, des gêneurs, des « gauchistes », des militants, des emmerdeurs, parfois simplement parce qu’ils ont osé poser une question, contester une décision ou exprimer un désaccord

    Il serait peut être temps de rappeler une évidence démocratique monsieur le maire

    Un maire n’est pas élu pour devenir le maire de ceux qui ont voté pour lui, il devient le maire de toute la ville, de ceux qui ont glissé son bulletin dans l’urne, de ceux qui ont voté contre lui, de ceux qui se sont abstenus, de ceux qui ne partagent absolument rien de ses convictions, des associations qu’il apprécie et de celles qui le dérangent, des militants de droite comme de gauche, des féministes, des syndicats, des personnes LGBTQ+, des croyants, des athées, des Français nés ici, ailleurs, ou devenus français, des jeunes, des vieux, des quartiers populaires comme des beaux pavillons

    C’est ça exercer une fonction républicaine, on peut avoir remporté une élection sans avoir reçu un permis de mépriser ceux qui n’ont pas voté pour soi, on peut avoir une majorité sans posséder la ville, on peut détester une critique sans avoir le droit de considérer celui qui la formule comme un ennemi, et pourtant, depuis le début de cette séquence politique, quelque chose s’est installé

    Le désaccord n’est plus toujours traité comme du désaccord, il devient une attaque, la critique devient de l’anti Vierzon, la contradiction devient une hostilité personnelle, celui qui questionne une décision municipale devrait presque commencer par prouver qu’il aime suffisamment sa ville pour avoir le droit d’en critiquer le maire, mais aimer une ville, ce n’est pas applaudir celui qui la dirige, monsieur le maire

    C’est parfois exactement l’inverse, c’est refuser de fermer les yeux, c’est demander des comptes, c’est contester, demander pourquoi, dire non, réclamer mieux, et surtout, c’est pouvoir le faire sans être traité avec condescendance par ceux qui détiennent momentanément le pouvoir

    Parce que oui, le pouvoir municipal est temporaire, la ville, elle, ne l’est pas, les habitants ne sont pas des figurants dans la communication d’une majorité, ils ne sont pas un public chargé d’applaudir quand on leur demande, ils ne doivent aucune reconnaissance particulière à un élu pour le simple fait qu’il occupe la fonction pour laquelle il s’est présenté, c’est l’élu qui leur doit quelque chose. Du respect, de l’écoute, de la retenue, une capacité à entendre la contradiction, et, surtout, la conscience permanente qu’il représente également ceux qui ne peuvent pas le voir en peinture

    C’est là que se mesure la stature d’un maire, pas dans sa capacité à répondre à ceux qui l’applaudissent, pas dans les photos, les publications, les petites phrases ou les démonstrations de popularité, non, mais dans sa manière de traiter celui qui lui dit : « Monsieur le maire, je ne suis pas d’accord avec vous »

    Le respecte t'il autant que son électeur ? L’écoute t'il ? Lui répond il sur le fond ? Ou commence t'il par lui expliquer, directement ou indirectement, qu’il serait de mauvaise foi, militant, partisan, hostile à la ville ou incapable de reconnaître ce qui serait pourtant évident ?

    A force de parler de cette manière aux gens, il arrive un moment où ils ne se sentent plus simplement en désaccord avec leur maire, ils se sentent insultés par lui, pris de haut, infantilisés voir méprisés

    Et ils sont nombreux à ne pas demander la lune, ils demandent simplement qu’on cesse de leur expliquer ce qu’ils devraient penser, qu’on ne réduise pas leur opposition à une étiquette politique, qu’on ne leur fasse pas comprendre que, parce qu’ils n’appartiennent pas au bon camp, leur parole compterait moins

    Il faut aussi regarder ce qui gravite autour de cette manière de faire de la politique

    Depuis la campagne, le climat local s’est considérablement durci, les insultes politiques se banalisent, les caricatures aussi, on traite facilement de « gauchiasse », de « communiste », d’« hystérique » ou d’ennemi ceux qui défendent le féminisme, combattent le racisme, ou contestent l’extrême droite 

    Un enseignant peut être visé, un syndicaliste peut être visé, un journaliste peut être visé, une association peut être visée, une militante peut être visée, un simple habitant peut être visé

    Et c’est pour ça que le rôle du maire est essentiel, parce qu’un maire responsable ne devrait jamais alimenter cette logique de camps, il devrait l’apaiser, il devrait rappeler que la contradiction est légitime, que les opposants politiques restent des citoyens, que personne n’a à prouver sa loyauté à Vierzon pour avoir le droit de critiquer la municipalité, qu’une ville démocratique ne se partage pas entre ceux qui sont avec nous et ceux qui sont contre nous 

    Il devrait être le premier à dire qu'on peut le combattre politiquement, et qu'on reste malgré tout des Vierzonnais dont il est le maire

    Voilà ce qu’on attend

    Pas qu’il devienne soudainement d’accord avec ceux qui le contestent, mais qu’il comprenne enfin la fonction qu’il occupe, lorsqu’on devient maire, on ne dirige plus un comité de soutien, on ne préside plus une campagne électorale, on ne parle plus seulement à ses militants, on administre une communauté entière

    Et cette communauté contient des gens qui pensent exactement l’inverse de vous, c’est même tout le principe

    La démocratie ne consiste pas à donner le pouvoir à une majorité pour qu’elle puisse ensuite expliquer à la minorité qu’elle ferait mieux de se taire pendant six ans, gagner une élection donne le droit de gouverner,  mais ne donne jamais le droit au mépris

    À Vierzon, beaucoup n’attendent pas d’être aimés par leur maire,  ils n'attendent même pas d’être compris, ils attendent quelque chose de beaucoup plus élémentaire, le respect 

    Alors peut être qu'il faudra arrêter de demander sans cesse aux habitants de respecter la fonction et commencer par se demander si la fonction, elle, respecte suffisamment tous les habitants

    Parce qu’il y a une phrase que Yannick Le Roux ferait bien de garder en tête chaque matin en entrant à l’hôtel de ville, vous n’êtes pas le maire de votre électorat, vous êtes le maire de Vierzon

    Et Vierzon, heureusement, pense encore de mille façons différentes

    in Les chroniques de l'hystérique
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