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    "Le travail rend libre", mais quel travail ?

    Celui de la femme de ménage qui commence à six heures du matin ?
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  • "Le travail rend libre", mais quel travail ?
  • 23 septembre 2026 par
    RB & B
    | Aucun commentaire pour l'instant


    Le travail rend libre ? Quel travail? 

    On pourrait évidemment passer encore des heures sur ces quatre mots prononcés à Vierzon par Jean Philippe Tanguy : « le travail rend libre », sur leur poids historique, sur ce qu’ils évoquent immédiatement, sur l’incroyable légèreté qu’il faut pour employer une telle formule sans mesurer ce qu’elle charrie. 

    Mais prenons les autrement 

    Prenons les au pied de la lettre 

    Le travail rend libre ? Vraiment ? Quel travail ? Celui de la femme de ménage qui commence à six heures du matin pour nettoyer des bureaux avant l’arrivée de ceux qui y travaillent ? Celui de l’aide à domicile qui court d’une personne âgée à l’autre avec des horaires morcelés et des kilomètres entre deux interventions ? 

    Celui de la caissière qui enchaîne sa journée debout pour compter ensuite chaque euro au supermarché ? 

    Celui du manutentionnaire qui porte, pousse, soulève et recommence jusqu’à ce que son dos lui rappelle pendant vingt ans ce que son salaire, lui, aura oublié ? 

    Celui du préparateur de commandes chronométré jusque dans ses déplacements ? Celui du livreur qui pédale sous la pluie ? 

    Celui de l’ouvrier d’usine qui embauche de nuit, travaille le week-end, vit au rythme des 2×8 ou des 3×8 et use son corps pendant que d’autres expliquent doctement la valeur travail derrière un pupitre ? 

    Celui de l’intérimaire qui ne sait pas toujours si son contrat existera encore le mois prochain ? 

    Celui de l’aide soignante qui lève des corps toute la journée, console des familles, court dans des couloirs en sous effectif et regarde son salaire tomber à la fin du mois avec cette étrange impression que la reconnaissance nationale s’est encore perdue quelque part entre deux discours ? 

    Il est libre, tout ce petit monde ? Libre de quoi ? Libre de choisir son logement quand le loyer dévore le salaire ? 

    Libre de réparer la voiture indispensable pour aller travailler ? 

    Libre de remplir le frigo sans calculatrice ? 

    Libre d’emmener ses enfants quelques jours en vacances ? 

    Libre d’absorber une facture imprévue de 300 euros sans basculer dans le rouge ? 

    Le problème avec les grandes phrases sur le travail, c’est qu’elles sont souvent prononcées par des gens qui parlent du travail comme d’une abstraction 

    Le travail, la valeur du travail, le mérite, l’effort 

    Toujours de très beaux mots Seulement derrière ces mots, il y a des travailleurs, des vrais, avec des fiches de paie, des loyers, des crédits, des horaires impossibles, des douleurs lombaires, des réveils à 5 h 30 et des comptes bancaires qui, eux, sont beaucoup moins lyriques 

    Et c’est là que la formule devient particulièrement intéressante lorsqu’elle vient du Rassemblement national ! Car le 6 novembre 2025, à l’Assemblée nationale, un député RN expliquait lui même : « Nous ne votons généralement pas les augmentations du smic » 

    Le parti défend à la place un dispositif reposant notamment sur des exonérations de cotisations patronales pour favoriser certaines augmentations salariales 

    On peut discuter de cette stratégie économique, mais il devient alors difficile de transformer le travail en grande épopée émancipatrice sans poser la question la plus élémentaire : combien paie t-il ? 

    Un emploi ne devient pas magiquement libérateur simplement parce qu’on lui colle le mot travail dessus, un salaire qui ne permet pas de vivre n’émancipe pas, un temps partiel subi n’émancipe pas, un contrat précaire qui empêche de se projeter n’émancipe pas, des horaires éclatés qui empêchent d’organiser sa vie familiale n’émancipent pas

    Travailler trente cinq heures, quarante heures ou davantage et devoir malgré tout choisir entre une facture, des courses ou une réparation urgente, ce n’est pas exactement la définition la plus évidente de la liberté 

    Alors : Le travail rend libre ? Avant de graver cette phrase dans les discours, peut être faudrait il commencer par regarder ceux qui travaillent et pas la silhouette abstraite du travailleur qu’on convoque dans les meetings 

    La femme qui nettoiera la salle après le meeting, le technicien qui démontera la scène, l’employé qui fermera le magasin, l’ouvrier qui prendra son poste lorsque les autres iront dormir, l’aide-soignante qui sera encore debout demain matin quand les envolées politiques de la veille auront déjà disparu des réseaux sociaux 

    Eux savent une chose beaucoup plus prosaïque, le travail ne rend pas automatiquement libre Encore faut il qu’il permette de vivre et peut être même, soyons fous, de vivre dignement

    in Les chroniques de l'hystérique
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    Vierzon, état des lieux d’une campagne
    Et de ce qu’elle a laissé derrière elle


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