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    La tour droite, l'histoire de travers

    Lorsqu’on convoque six siècles d’Histoire pour justifier une nouvelle image, il serait quand même prudent de commencer par vérifier les dates
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  • La tour droite, l'histoire de travers
  • 30 septembre 2026 par
    RB & B
    | Aucun commentaire pour l'instant


    À Vierzon, les finances sont contraintes, le maire n'a de cesse de le répéter. Il évoquait encore dans son budget 2026 des dépenses contraintes « très conséquentes et en forte hausse », ainsi que des départs en retraite non remplacés, et voilà qu’on découvre aujourd’hui une nouvelle identité visuelle !

    La Ville annonce qu’elle « choisit de retrouver ses armoiries »

    Admettons, pourquoi pas....

    Mais lorsqu’on convoque six siècles d’Histoire pour justifier une nouvelle image, il serait quand même prudent de commencer par vérifier les dates

    Le texte publié par la Ville nous offre une chronologie assez... Spectaculaire dirons nous

    Après avoir évoqué Du Guesclin, puis Vierzon devenue centre de ravitaillement des armées de Jeanne d’Arc, on nous explique que Charles V aurait alors évincé les seigneurs de Vierzon, sauf que Charles V règne de 1364 à 1380, Jeanne d’Arc intervient à Orléans en 1429, et la guerre de Cent Ans se termine en 1453

    Autrement dit dans le récit municipal publié aujourd’hui, Charles V semble accomplir après Jeanne d’Arc ce qu’il avait fait plusieurs décennies avant elle

    Il fallait oser

    Et le plus drôle, c’est que pour corriger la Ville de Vierzon, il suffit d’aller consulter… la Ville de Vierzon

    Ses propres archives racontent en effet beaucoup plus clairement l’histoire du blason

     Après la disparition de la seigneurie, Vierzon connaît son « époque communale », trois échevins, élus par les bourgeois de la ville, administrent la cité et choisissent un nouvel emblème, une tour, penchée

    Cette inclinaison n’est absolument pas un défaut qu’il faudrait réparer, c’est justement le symbole

    Les archives municipales expliquent que l’emblème qui apparaît au tournant du XVe siècle est une « tour chancelante » sur fond bleu, elles relient cette tour penchée à la sortie de la domination seigneuriale et à cette nouvelle période communale

    Autrement dit, cette tour n’était pas malade et n’avait pas besoin d’être remise d’aplomb, elle penchait parce qu’elle racontait quelque chose ! 

    Elle racontait une ville qui n’était plus sous l’autorité de son seigneur, une cité administrée par ses représentants, une rupture avec un ordre ancien

    Et c’est justement là que le nouveau dessin devient intéressant

    En 2026, la municipalité décide de redresser la tour et explique qu’elle le fait pour « symboliser le redressement de la Ville »

    Le problème est moins esthétique qu’historique

    Si l’on reprend la signification racontée par les archives municipales elles mêmes, on vient de supprimer l’élément qui matérialisait précisément l’émancipation de la cité

    Pour fabriquer un symbole de « redressement », on a donc pris un symbole ancien et on lui a retiré ce qui faisait son sens, admettez que c’est quand même une drôle de façon de « retrouver ses armoiries », d’autant que ce petit débat n’a rien de nouveau

    Les archives municipales racontent déjà qu’au XIXe puis au début du XXe siècle, dans une Vierzon industrielle en pleine croissance, certains avaient voulu remettre la tour droite, elles expliquent que les « redresseurs de tour » avaient probablement oublié sa signification originelle et qu’une tour dressée correspondait davantage à l’image triomphante que l’on voulait alors donner de la ville

    Un siècle plus tard, nous voici donc exactement au même endroit

    Nouvelle époque, nouveau redressement, même tour remise droite pour fabriquer un récit de ville qui se relève, et toujours ce détail gênant, historiquement, elle était justement censée être penchée

    Alors évidemment, une municipalité peut choisir une nouvelle identité graphique, elle peut moderniser un blason, l’interpréter, le styliser, mais dans ce cas, appelons les choses par leur nom

    Ce n’est pas simplement « retrouver les armoiries », c'est surtout réinterpréter les armoiries, jusqu’à modifier leur symbole central, pour leur faire raconter autre chose

    Et ça aurait peut être mérité une explication un peu plus solide qu’un récit où Charles V se promène tranquillement entre Jeanne d’Arc et la fin de la guerre de Cent Ans, ça aurait peut être aussi mérité que les habitants soient associés à la réflexion non ?

    Nous ne trouvons, dans les documents publics du conseil municipal, aucune consultation populaire annoncée autour de cette nouvelle identité,  la Ville publie pourtant ses ordres du jour et comptes rendus en ligne

    Et puisque les finances municipales sont régulièrement présentées comme contraintes, une autre information serait la bienvenue : 

    Combien coûte cette nouvelle identité et son déploiement ? 

    Pas pour prétendre à l’avance qu’elle coûte une fortune, juste parce que lorsqu’on demande des économies ailleurs, connaître le prix d’un changement de logo paraît être la moindre des choses 

    in Les chroniques de l'hystérique
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