L'extrême droite a conquis la mairie de Vierzon sans véritable vision pour cette ville et sans projet, si ce n'est son fantasme lié à l'insécurité et à une gestion de bon père de famille, son mantra.
Dans une ville comme celle-ci, pauvre, en proie à la démographie, à la paupérisation d'une partie de ses habitants, punaisée sur la diagonale du vide, vidée de ses industries et victime des désengagements successifs de l'Etat, la seule énergie constructive est le combat.
Un mot que l'extrême droite a rayé de son vocabulaire. Sa démonstration financière, mardi soir, salle Madeleine Sologne, a posé les bases d'un repli sur soi, d'une régression inéluctable.
Il lui fallait une raison, elle en a trouvé pour surveiller les associations, réduire le personnel, justifier son manque de projets par une incapacité à investir, augmenter les tarifs dont les hausses étaient jusque là jugulées, accentuer les difficultés liées au pouvoir d'achat.
Bref, une vraie politique d'extrême droite assumée jusqu'au bout.
Bâtir une stratégie sur un mensonge, c'est bien le propre de ce parti. Se montrer en père la pudeur et en grand-père de la vertu, pour mieux contrôler. Comment Yannick Le Roux peut-il ne serait-ce que prononcer le mot "culture" alors qu'il censure des pièces qui écorchent son âme sensible de nationaliste amidonné.
Quel avenir pour cette ville ? Le néant, peuplé de partisans sirupeux qui, d'un coup, maîtrisent la langue financière. Fascinant. L'engagement n°3 (réduction des dépenses de personnel) et n°5 (hausse annuelle de tous les tarifs municipaux) à eux seuls devraient soulever les foules.
Voilà ce qui nous attend. Regroupements d'écoles à la hache, un plan voirie rachitique, des investissements quasi nuls, absence de projets...
Une ville endormie sur laquelle l'extrême droite va se faire la main pour mieux la garder. Pendant ce temps-là, Vierzon aura perdu sa combativité, sa hargne d'épargner aux plus pauvres des politiques injustes que l'extrême droite votent des deux mains.
La mise au point sur les finances n'est qu'une stratégie délibérée de mettre un couvercle sur la ville et de la faire mijoter, dans la sauce de la sécurité à tout crin, de la mise au ban des associations gênantes, de la purge des agents municipaux, du contrôle doctrinaire.
Pendant ce temps, le cabinet finance son directeur de cabinet, son chef de cabinet, son conseiller spécial aux frais remboursés. Est-ce utile tout ce monde pour un seul homme ? Mais dévier les regards sur les anomalies du présent en pointant celles du passé relève de ce projet funeste de mater cette ville, la mettre à genou, l'éparpiller dans des éprouvettes sur la paillasse de l'extrême droite.
De l'essorer, d'en exclure tout ce qui peut contrarier son objectif comme les sauterelles qui s'attaquent aux récoltes. Et crier victoire quand Vierzon ne sera plus qu'une coquille vide qu'applaudiront, comme c'est le cas, des partisans nourris aux grains de la post-vérité nationaliste.
A lire, pour mieux comprendre
Les faussaires de la nation "Comment l'extrême droite défigure l'histoire et comment lui résister", cinquante historiens sous la direction de Vincent Duclert et Maria Malagardis, aux éditions Philippe Rey.
Nous sommes en plein dedans.
