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    Il y a ceux qui mettent le feu et ceux qui soufflent sur les braises

    17 octobre : condamner les casseurs, oui. Enterrer la contestation, non.
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  • Il y a ceux qui mettent le feu et ceux qui soufflent sur les braises
  • 18 octobre 2026 par
    B.D
    | Aucun commentaire pour l'instant


    Je les vois déjà arriver nos grands admirateurs, lecteurs les plus assidus, qui scrutent chacune de nos publications avec la plus grande attention dans l'espoir d'alimenter une nouvelle polémique 

    Oui, parce que, voyez vous, Vierzonitude n'a pas publié des images des manifestations du 17 octobre, et nous n’avons pas plus condamné solennelle dans les heures qui ont suivi, alors forcément, le verdict ne devrait pas tarder, nous cautionnons les violences, nous soutenons les pillages, nous appartenons à la terrible secte LFI qui rêve de mettre la France à feu et à sang

    Puisqu’on connaît la chanson, prenons un peu d’avance sur les choristes

    Oui, les violences sont intolérables, oui les pillages sont condamnables, oui incendier des bâtiments, détruire des commerces et mettre des vies en danger est absolument injustifiable

    Maintenant qu’on a satisfait aux exigences du tribunal populaire de Facebook, peut on, éventuellement, se permettre de réfléchir ? 

    Une manifestation, c'est pas uniquement une vitrine brisée, une contestation n'est pas uniquement une poubelle incendiée, une colère populaire ne se résume pas aux images les plus spectaculaires d’un JT

    Derrière les cortèges du 17 octobre, il y a aussi des gens qui travaillent et qui n’arrivent plus à vivre dignement, des jeunes qui s’inquiètent de leur avenir, des citoyens qui voient les services publics s’affaiblir, leur pouvoir d’achat s’effriter et les inégalités leur sauter à la tronche 

    Il y a ceux qui se demandent comment payer leurs factures, ceux qui ne croient plus aux promesses et ceux qui ont simplement le sentiment de ne plus être entendus

    Et on devrait faire comme si tout ça n’existait plus parce que quelques individus ont choisi de tout casser ? 

    Depuis quand les violences de certains suffisent elles à rendre illégitime la colère de tous les autres ? 


    Car, clairement, c’est bien là toute la question

    On peut condamner sans hésiter les casseurs et chercher à comprendre pourquoi des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue, on peut défendre le patrimoine et s’inquiéter de l’état de notre démocratie, on peut réclamer des sanctions contre ceux qui détruisent sans réclamer le silence de ceux qui protestent et c'est même ce qu’une société démocratique devrait être capable de faire

    Mais la nuance, manifestement, est devenue une activité suspecte

    Il faudrait choisir son camp

    Être pour les manifestants ou pour les bâtiments, pour la colère ou pour la République, comme si le droit de contester n’était pas, justement, l’un des fondements de cette République que certains prétendent défendre à grands coups de commentaires indignés

    Et surtout, comme si le calme constituait la preuve d’une société qui fonctionne

    Non, une société silencieuse n’est pas nécessairement une société apaisée, parfois, c’est simplement une société qui a cessé de croire qu’on l’écoutait

    L’histoire sociale de notre pays ne s’est pas écrite dans le confort des salons ministériels, elle s’est aussi construite dans les rues, dans les usines, sur les piquets de grève, au milieu de désaccords parfois profonds et de mobilisations qui dérangeaient énormément ceux qui détenaient le pouvoir et ça ne donne à personne le droit de brûler une mairie, mais ça devrait nous rappeler que contester n’est pas une anomalie démocratique

    Ce qui devrait nous inquiéter, c'est pas seulement que la colère éclate, c’est qu’elle ait pu grandir à ce point et pendant qu'on essaye de nous poser ces questions, il y a un autre spectacle qui mérite qu’on s’y attarde : celui des commentaires

    Ah, les commentaires ! Ce formidable observatoire de notre société où certains viennent défendre la civilisation entre deux appels plus ou moins explicites à la brutalité

    Sous les publications consacrées aux violences, on s’interroge sur ces Français capables de s’en prendre à leur patrimoine, interrogation parfaitement légitime, mais quelques lignes plus loin, voilà qu’on nous explique qu’il est étonnant que les casseurs n’aient pas brûlé la CAF

    Un autre s’empresse de faire entrer les mosquées dans la conversation

    Une autre encore trouve dans ces événements une excellente occasion d’expliquer que les immigrés devraient rentrer chez eux

    Et puis il y a cette petite merveille : un commentaire invitant les parents à "tenir leurs enfants", faute de quoi les choses pourraient mal finir, avec cette précision délicieuse que "la population s’arme de plus en plus "

    Pardon ? 

    On était pas en train de condamner la violence là ? 

    On a du manquer un épisode... Depuis quand dénoncer des incendies autorise à faire des allusions aux mosquées, à désigner les immigrés ou à brandir la perspective d’une population armée ? 

    On nous parle du respect des biens, mais qu’en est il du respect des personnes ? 

    On s’indigne, à juste titre, du sort réservé aux bâtiments publics, mais on semble beaucoup moins préoccupé par la violence des mots que l’on déverse à longueur de journée sur les réseaux sociaux

     Le plus fascinant ? Cette capacité à faire entrer l’immigration dans absolument toutes les conversations

    C’est tellement plus confortable de désigner des coupables tout trouvés que de s’interroger sur les causes d’une crise sociale

    Alors non, nous ne jouerons pas à ce petit jeu

    On ne transformera pas les casseurs en héros révolutionnaires, et on ne transformera pas non plus tous les manifestants en délinquants pour satisfaire ceux qui rêvent d’une contestation parfaitement silencieuse, parfaitement docile et, si possible, parfaitement inexistante

    Finalement, est ce que c'est pas ça qui dérange le plus dans ces mobilisations? Pas seulement les violences, mais le fait que des citoyens continuent de refuser ce qu’ils considèrent comme une fatalité, ils contestent, ils revendiquent, ils réclament qu’on les écoute

    Et qu’on partage ou non leurs revendications, ce droit là mérite d’être défendu, la République n’est pas une jolie façade qu’il suffit de protéger des flammes, c'est un ensemble de libertés, de droits et de principes qu’il faut faire vivre, et parmi ces droit, il y a celui de ne pas être d'accord

    Alors, chers amateurs de procès d’intention, inutile de chercher un message subliminal dans nos publications, il n’y en a pas

    Nous condamnons les violences, nous défendons le droit de manifester, nous refusons les amalgames, et nous continuerons à poser les questions qui dérangent, même lorsqu’elles exigent un peu plus de réflexion qu’un commentaire rageur

    On peut reconstruire une vitrine, réparer une façade, restaurer un bâtiment, mais une société qui renonce à écouter ses colères, qui confond contestation et criminalité, qui s’habitue à désigner des boucs émissaires et qui banalise les menaces, qu’est ce qu’on en fait ? 

    Et puisque certains semblent décidément beaucoup s’inquiéter de notre patrimoine, rappelons leur juste une dernière chose : 

    La démocratie aussi est un patrimoine et elle mérite qu’on en prenne soin

    in Les chroniques de l'hystérique
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