Il y a les images qui dérangent et il y a les silences qui en disent beaucoup plus long encore
La photo de Bruno Bourdin, élu de la majorité municipale, posant sa main sur le sein d’un buste de femme lors de la foire exposition, aurait pu provoquer au minimum une réaction, une prise de distance, une condamnation, quelques mots simples rappelant qu’un élu n’est pas un adolescent en sortie scolaire et que le corps des femmes, même représenté dans une œuvre ou un buste, n’est pas un accessoire destiné à faire rire sur une photo
Mais non
Du maire de Vierzon : le silence
Et ce silence interroge d’autant plus qu’il vient d’un homme qui, lui, sait parfaitement parler lorsqu’il estime que son parti, sa majorité ou sa propre personne sont attaqués Un maire prompt à s’indigner, prompt à répondre, prompt à transformer la moindre critique en polémique, prompt aussi à se mettre en scène, à occuper l’espace, à chercher la lumière et la réaction Mais lorsqu’un élu de sa majorité se fait photographier la main sur le sein d’une représentation féminine ?
Plus personne, pas un mot
Se faire prendre en photo aux côtés d’une féministe ne fait pas de vous un féministe, porter ponctuellement un discours sur les violences faites aux femmes non plus, le féminisme ne se mesure pas au nombre de photos prises lors d’un événement ou à la quantité de bonnes intentions affichées sur les réseaux sociaux
Il se mesure aussi lorsque ça devient inconfortable, lorsqu’il faut reprendre quelqu’un de son propre camp, lorsqu’il faut dire qu’un comportement n’est pas acceptable
Et plus encore parce qu’il s’agit d’un élu de sa majorité
Cette absence de réaction devient encore plus troublante quand on se souvient de certains propos déjà tenus dans son entourage politique
Dans une discussion évoquant le physique des femmes de gauche et de droite, le maire écrivait lui même, après qu’il avait été affirmé que les femmes de gauche seraient « beaucoup moins belles » que celles de droite, qu’elles « n’avaient pas d’autres qualités non plus »
Une petite phrase, peut être, mais le problème des petites phrases c’est qu’elles finissent parfois par dessiner une conception assez précise de ce qu’on pense des femmes
Le problème avec la photo de Bruno Bourdin c’est pas seulement le geste, c’est tout ce qu’il véhicule
Cette vieille idée selon laquelle le corps féminin peut toujours servir de terrain de plaisanterie, qu’un sein reste quelque chose qu’un homme peut saisir pour rire, provoquer ou faire une photo
Et qu’après tout, puisqu’il s’agit d’une représentation et non d’une femme en chair et en os, il n’y aurait rien de bien grave ! Sauf que les symboles existent, les gestes ont un sens et les élus, plus encore que les autres, envoient des messages par leur comportement
Alors quel était celui de Bruno Bourdin ?
Et surtout, aujourd’hui, quel est celui envoyé par le maire en ne disant absolument rien ?
Le silence politique n’est pas toujours de la neutralité, parfois c’est simplement le choix de ne pas condamner, et ce choix commence à ressembler à une habitude
Lorsque des propos racistes ont été tenus par un homme qui avait été son colistier, nous n’avons pas davantage entendu la grande indignation municipale que l’on sait pourtant si prompte à surgir dans d’autres circonstances
Voilà donc une étrange conception de l’indignation, tonitruante lorsqu’on se sent attaqué, beaucoup plus discrète lorsqu’il faudrait regarder ce qui se passe dans son propre camp Les droits des femmes ne sont pas un décor de communication, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles n’est pas un slogan que l’on ressort lorsque ça permet de donner une image moderne et respectable d’une municipalité et le féminisme n’est certainement pas une photo souvenir prise avec une militante Il commence exactement à l’endroit où ça devient difficile, lorsqu’il faut condamner les comportements de ceux qui sont politiquement proches
Pour l’instant, à Vierzon, nous avons une photo, et face à elle, un silence
Chacun pourra décider lequel des deux est le plus révélateur