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    Ca suffit de me coller une étiquette politique sur le front

    Non, je ne rentre pas dans vos cases
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  • Ca suffit de me coller une étiquette politique sur le front
  • 3 septembre 2026 par
    RB & B
    | Aucun commentaire pour l'instant


    Aujourd’hui, ça suffit pour qu’on me colle une étiquette politique sur le front

    Communiste, LFI, Gauchiste 

    On me range, on me classe, on m’invente des appartenances et le plus amusant, c’est que moi même, je serais bien incapable de vous dire dans quelle case politique me mettre, évidemment que mes convictions me situent plutôt à gauche, et alors ?

    J’ai jamais possédé de carte de parti, j’ai jamais eu besoin qu’un responsable politique m’explique qu’un homosexuel mérite exactement les mêmes droits que moi, j’ai  jamais eu besoin d’un programme électoral pour comprendre qu’un enfant handicapé mérite sa place dans une classe, j’ai  jamais eu besoin d’un tract pour savoir qu’on ne juge pas quelqu’un à la couleur de sa peau, à son prénom, à sa religion, à son portefeuille ou à la personne qu’il aime

    Et c’est là que notre époque me désespère, depuis quand l’humanité est devenue une opinion politique ?

    Depuis quand il faut être de gauche pour défendre quelqu’un que l’on humilie ? Depuis quand il faut être de droite pour parler de sécurité ? Depuis quand chaque valeur appartient à un camp, chaque indignation à un parti, chaque souffrance à une idéologie ?

    On passe notre temps à nous jeter les morts, les drames, les injustices et les statistiques à la figure comme des balles de tennis, « Et vous alors ? », « Et votre camp ? », « Et quand c’était eux ? »

    Pendant ce temps là, les gens continuent de souffrir

    Je refuse ce jeu

    Je veux pouvoir combattre une idée sans devoir épouser toutes celles du camp opposé, je veux pouvoir dire qu’une idée est raciste lorsqu’elle l’est sans qu’on m’explique immédiatement que je suis communiste, je veux pouvoir défendre des personnes LGBT sans qu’on me demande quelle organisation politique me finance, je veux pouvoir défendre mon fils, les femmes, les pauvres, les étrangers, les personnes handicapées ou n’importe quel être humain qui se retrouve montré du doigt sans devoir présenter ma carte d’adhérente à quoi que ce soit

    Mes valeurs ne sont pas un programme électoral, elles viennent de beaucoup plus loin, elles viennent d’une petite fille qui a compris très tôt ce que signifiait ne pas avoir beaucoup, d’une adolescente qui est partie avec un sac sur le dos, d’une femme qui a parfois trop longtemps accepté l’inacceptable, d’une mère qui regarde son fils grandir et qui sait exactement ce qu’elle veut lui transmettre

    Alors ceux qui passent leur vie à détester ce qui ne leur ressemble pas resteront probablement toujours une énigme pour moi, parce qu’à force de regarder le monde comme une succession d’ennemis, d’étrangers, de « pas comme nous », de gens à exclure et de gens à mépriser, je me demande ce qu’il reste à transmettre à ses enfants

    Moi, je veux transmettre autre chose au mien

    Je veux qu’il soit celui qui tend la main quand les autres montrent du doigt, celui qui demande « pourquoi ? » quand tout le monde hurle « dehors ! », celui qui n’a pas besoin de ressembler à quelqu’un pour reconnaître son humanité

    Et s’il faut absolument trouver une case pour tout cela…

    Alors désolée, mais j’en ai pas

    Je ne sais peut être pas exactement où je me situe politiquement, mais humainement, je sais parfaitement où je veux êtreci ...

    Alors, non, je ne rentre pas dans vos cases

    Je suis une fille de prolos

    Pas populaire au sens romantique qu’on donne parfois à ce mot quand on raconte les histoires après coup, non, prolo, vraiment

    Mon père a quitté l’école à 16 ans, sans diplôme, pour faire les 3x8 dans une usine, ma mère, elle, a quitté l’école à 13 ans sans véritablement savoir lire ni écrire, elle venait de cette campagne normande profonde où, à l’époque, on pouvait encore grandir en comprenant très tôt que certaines vies offriraient moins de choix que d’autres, avec les années, je l’ai aidée à apprendre

    Moi, j’ai été élevée en grande partie par mes grands parents parce que l’argent manquait, je ne me souviens pas avoir eu des vêtements de marque, je ne me souviens pas vraiment des vacances non plus, j’allais écrire « des vacances dignes de ce nom », mais ce serait mentir, des vacances tout court, c’était déjà rarement au programme

    J’ai appris assez tôt que la vie ne distribue pas les mêmes cartes à tout le monde

    J’en n’ai jamais voulu au monde entier pour autant, j’ai n’ai jamais cherché un responsable à ma place

    Les études auraient peut être pu changer certaines choses, mais la vie, parfois, possède une façon particulièrement brutale de vous rappeler que les lignes droites sont un luxe

    À 18 ans, avec mon BEP en poche, j’ai quitté ma ville natale avec un sac sur l’épaule, pas pour découvrir le monde mais pour fuir le mien

    Alors j’ai traversé la France et j’ai fait ces métiers que l’on remarque rarement, sauf lorsqu’ils ne sont pas faits, femme de ménage, serveuse dans des restaurants miteux, des horaires impossibles, et des patrons parfois plus impossibles encore

    Et puis les mauvaises rencontres, les mauvaises relations, celles qui, petit à petit, vous font devenir exactement ce que vous vous étiez juré de ne jamais être, quelqu’un qui se tait, qui accepte, qui s’efface

    Ces années ont été difficiles, et je pèse mes mots, puis un enfant est arrivé, je n’avais jamais fait de la maternité le grand objectif de mon existence, et pourtant quel cadeau !

    Mais quel vertige aussi…

    Parce qu’à partir de ce moment là, la question n’était plus seulement de savoir quelle femme j’allais devenir mais  quel homme vais je aider à grandir ?

    Comment apprendre à un enfant à être doux dans un monde qui récompense parfois la brutalité ? Comment lui apprendre à respecter les différences lorsque des adultes passent leur temps à désigner ceux qui ne leur ressemblent pas ? Comment lui expliquer  que sa différence à lui ne le rend ni inférieur, ni moins digne, ni moins capable d’être aimé ?

    Avoir un enfant différent m’a aussi permis de découvrir très vite le meilleur chez certains êtres humains et le pire chez d’autres

    Alors oui, tout ça m’a façonnée

    Mais si je raconte mon histoire aujourd’hui, c’est certainement pas pour qu’on me plaigne, je ne voudrais changer ni mon père ouvrier, ni ma mère, ni mes grands parents, ni cette enfance modeste contre une jolie biographie bien propre

    Parce que ce parcours m’a donné quelque chose que personne ne pourra jamais m’enlever, une idée extrêmement précise de la femme que je veux être

    Je veux être du côté de celui qu’on humilie, du côté de celle qu’on juge sur son corps, son origine ou sa différence, du  côté de l’enfant que l’on regarde comme un problème avant même d’essayer de le comprendre, du côté de ceux à qui l’on explique depuis toujours qu’ils devraient parler moins fort, prendre moins de place, demander moins


    in Les chroniques de l'hystérique
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