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    Rémy Beurion, coupable d'avoir fait son métier

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  • Rémy Beurion, coupable d'avoir fait son métier
  • 26 août 2026 par
    RB & B
    | 1 Commentaire


    Je vous préviens tout de suite cette chronique sera beaucoup moins marrante que d'habitude

    On a le droit de critiquer Rémy, de ne pas aimer un de ses papiers, son style, ses choix, de trouver qu'un sujet méritait plus de place, qu'un point aurait dû être précisé, on peut même trouver un article franchement raté, c'est le jeu, et c'est sain en plus

    Sauf que depuis quelques heures, sous un article du Berry Républicain sur la mobilisation contre la venue du Canon français à Bourges, on n'est plus dans la critique d'un article, on est dans le procès du journaliste purement et simplement 

    Sous cet article, on peut lire ce genre de commentaire 

    « Quand allez-vous recadrer M. Beurion sur son impartialité ? »

    « Je viens d'apprendre que M. Beurion est journaliste au Berry. Impeccable, l'impartialité. »

    « Grand défenseur des communistes de Vierzon. »

    Et mon préféré, le grand numéro de voyance : « M. Beurion s'est fait un plaisir d'écrire cet article »

    Alors vu que certaines notions de base semblent s'être perdues entre le bouton j''aime » et la zone commentaires, petit rappel pour les moins éclairés

    Couvrir quelqu'un, ce n'est pas soutenir quelqu'un ! 

    Rémy ne s'est pas levé un matin en se disant « tiens, et si j'allais chez les syndicalistes », non, on l'a envoyé couvrir un sujet, c'est son boulot, c'est comme ça que ça fonctionne

    Le Canon français organise son banquet le 30 août à la Halle aux Blés de Bourges, c'est officiel, des organisations annoncent une mobilisation contre, c'est une actu locale, une rédaction la traite, un journaliste va sur place, pose des questions, recueille des déclarations, vérifie, écrit, fait son job donc

    Couvrir des syndicats ne veut pas dire y adhérer, interviewer un élu RN (comme Rémy a pu le faire lors des élections municipales à Bourges (article ici) ne fait pas de vous un militant RN, interroger un député communiste ne vous donne pas la carte du parti, faire le compte rendu d'un procès ne veut pas dire soutenir l'accusé et couvrir le Canon français ne ferait pas plus de Rémy un canonnier

    Un journaliste n'est pas idéologiquement soluble dans la dernière personne à qui il tend son micro, sinon, il faut carrément repenser toute la profession 

    Et puisque le mot impartialité passionne tout le monde d'un coup, bonne nouvelle, il existe une charte ! 

    Pas la mienne, pas celle de Rémy, pas celle des « bobos de gauche », non, celle du groupe Centre France, dont fait partie Le Berry Républicain, elle engage les journalistes à une information exacte et impartiale, à séparer les faits du commentaire, à travailler sur sources vérifiées, à chercher un traitement équilibré en donnant la parole à plusieurs intervenants et à se préserver des conflits d'intérêts

    Voilà ce qu'est l'impartialité journalistique

    Ce n'est pas une lobotomie à l'entrée de la rédaction !  Un journaliste est un citoyen, il a des convictions, un vote, des trucs qui l'énervent et d'autres qui l'enthousiasment, son boulot n'est pas de ne rien penser, son boulot, c'est de ne pas laisser ce qu'il pense remplacer les faits et la nuance est énorme

    Et tant qu'on y est, oui, Rémy est aussi un homme et un citoyen pour ceux qui ont du mal avec cette notion

    Et, voyez vous, ce n'est ni un scoop, ni un problème

    Le soir, quand il rentre chez lui, il ne se transforme pas en carte blanche vierge de toute opinion, il ne se terre pas dans un placard pour attendre sagement le lendemain matin en effaçant soigneusement toute trace d'engagement, de conviction ou de vie sociale

    Il vote, probablement, il a des amis, une famille, des discussions de comptoir ou de réseaux sociaux comme tout le monde, il a le droit de trouver un discours révoltant, un autre juste, une mobilisation légitime ou pas, il a le droit, comme n'importe quel citoyen de ce pays, de s'engager, de militer, de soutenir une cause, d'aller manifester s'il en a envie

    Ce n'est pas ça, le métier de journaliste ! Le métier de journaliste, ce n'est pas de cesser d'exister en tant qu'être humain dès que la carte de presse sort du portefeuille, c'est de savoir, précisément, faire la part des choses entre ce qu'il pense en tant que citoyen et ce qu'il écrit en tant que professionnel

    On ne demande pas à un chirurgien de ne jamais avoir d'avis politique pour avoir le droit d'opérer correctement, on ne demande pas à un professeur de ne plus voter pour pouvoir corriger des copies avec justice, pourquoi alors on demanderait ça à un journaliste ?! 

    Ce qu'on est en droit d'exiger de lui, ce n'est pas l'absence d'opinion, c'est la rigueur professionnelle une fois la porte de la rédaction franchie, et ça, encore une fois, ça se juge sur pièces, sur des articles, certainement pas sur le fait qu'il ait, comme vous, comme moi, comme absolument tout le monde, une vie de citoyen en dehors du travail

    Et si quelqu'un pense que Rémy a franchi cette ligne, c'est simple alors qu'il montre l'article ! 

    Pas son impression hein, pas « tout le monde sait », pas « on connaît les tendances du Berry », pas « il est de gauche donc...». L'article, la phrase orientée, le fait déformé, la citation coupée n'importe comment, l'info planquée exprès, le contradicteur volontairement zappé

    Quelque chose.

    Parce qu'une accusation de partialité, ça se prouve, ça ne se déduit pas d'un nom qu'on n'aime pas sous un titre qui dérange

    Ses articles racontent assez peu la grande épopée du « défenseur des communistes » qu'on nous vend en commentaire, on y trouve plutôt des comptes rendus judiciaires, mineures victimes de prostitution forcée à Bourges, séquestration liée au harcèlement scolaire à Vierzon et globalement des sujets justice et société

    Et puisqu'on le présente maintenant comme le héraut officiel du communisme vierzonnais, petite archive savoureuse pour ses plus grands fans, en mai 2021, Rémy signait un article sur un policier déposant plainte pour outrage contre le maire de Vierzon, Nicolas Sansu, maire communiste, drôle de façon de protéger ses camarades non?

    À moins que... accrochez-vous... il ait juste fait son travail ? Dingue comme hypothèse, je sais 

    Maintenant, parlons de Frontières si vous voulez bien

    Parce que parmi ceux qui exigent aujourd'hui une virginité idéologique totale au Berry, certains sont beaucoup moins regardants quand il s'agit d'encenser des médias situés carrément de l'autre côté

    Prenons donc Frontières

    Je n'irai même pas chercher la description qu'en font ses adversaires, trop facile, prenons celle que Frontières fait de lui même : sur son appli, le média se présente comme un « média de terrain de droite », un « média de combat », avec une « ligne éditoriale engagée » et son fondateur Erik Tegnér le disait lui même à l'AFP : « On est un média politique, mais pas un parti.»

    Et Frontières en a parfaitement le droit, un média peut revendiquer une ligne engagée, après, c'est au lecteur de le savoir et de garder son esprit critique

    Mais il va falloir choisir les enfants ! 

    On ne peut pas applaudir un média qui se revendique de droite, engagé, de combat, et découvrir soudain une passion pour l'impartialité parce qu'un journaliste du Berry a eu l'audace d'aller interviewer des syndicats, ça, ce n'est plus défendre l'impartialité, c'est simplement exiger que l'info vous conforte et ce n'est pas tout à fait pareil

    « Et la Fête de l'Huma, alors ? »

    Ah, évidemment, elle arrive ! Parce que dans cette logique un peu fascinante, tout article sur la contestation d'un événement proche de la droite devrait être compensé par un article à charge contre un truc de gauche, une comptabilité idéologique, un partout balle au centre

    Sauf qu'un journal, ce n'est pas l'Eurovision

    Si la Fête de l'Huma provoque une mobilisation, des incidents, une polémique, la presse locale doit le traiter, oui, mais on ne fabrique pas artificiellement un article pour équilibrer une balance partisane imaginaire, on traite l'actualité, c'est tout le métier

    Et puisqu'on parle du Canon français...

    Regardons les faits avant de s'indigner contre celui qui les rapporte, le Canon français se présente comme un organisateur de banquets célébrant terroir, patrimoine et convivialité, c'est son droit, c'est comme ça qu'ils se décrivent

    Mais en avril dernier, à Caen, un journaliste de France Inter présent sur place a documenté des propos racistes et des gestes façon saluts nazis parmi des participants, ça aussi, c'est un fait journalistiquement établi, ça ne veut pas dire que les 4 000 personnes présentes étaient racistes ou nazies, ça ne veut pas dire qu'un banquet doit être interdit d'office, ça veut dire qu'il existe une controverse réelle et documentée autour de cet événement

    Et quand un événement de cette organisation est programmé à Bourges et que des syndicats, associations ou partis décident de s'y opposer, devinez quoi, c'est une info locale ! 

    Le Berry la traite

    Qu'on soit pour, contre, indifférent, ou qu'on trouve les opposants ridicules, ça ne change rien au fait que leur mobilisation existe et qu'un journal local a le droit d'en parler

    Le journaliste qui raconte la polémique ne crée pas la polémique, le thermomètre n'est pas responsable de la fièvre

    Ce qui me rend vraiment dingue

    Ce n'est pas qu'on ne soit pas d'accord avec Rémy, ce n'est même pas que certains détestent ses opinions perso, ils en ont le droit, ce qui me rend dingue, c'est cette facilité à salir une compétence professionnelle sans le début d'une preuve

    Parce qu'on connaît ses opinions, on suppose ses articles biaisés, parce qu'il couvre des syndicats, il en serait le porte parole, parce qu'un article dérange, son auteur aurait forcément pris plaisir à l'écrire, et au lieu de répondre aux faits du papier, on tape sur le nom au dessus, c''est tellement plus confortable

    Vous trouvez un article de Rémy partial ? Parfait, montrez-le

    Sérieusement

    Prenez un article, analysez le, relevez une erreur, une info fausse, une source inventée, un contradicteur effacé, une formulation militante déguisée en fait et là, on pourra parler journalisme

    Mais si tout votre dossier tient dans « je connais ses opinions politiques donc c'est forcément biaisé », vous n'avez rien démontré sur sa partialité, vous venez juste de montrer que vous n'arrivez pas à concevoir qu'un pro fasse la différence entre ses convictions et son métier

    Cette différence là, je la vois depuis des années

    Ses articles ne sont pas ses posts perso, ce ne sont pas mes chroniques, ce n'est pas Vierzonitude ! Et heureusement, parce que quand moi je dis ce que je pense, vous n'avez généralement pas besoin de chercher longtemps de quel côté ça penche

    Lui, c'est un autre métier

    Alors critiquez. Mais critiquez pour de vrai

    La presse n'a pas besoin d'être protégée de la critique, elle en a besoin

    Les journalistes peuvent se planter, rater une info, mal choisir un angle, écrire un mauvais titre. Ils doivent pouvoir être interrogés, contredits, corrigés quand ils se trompent

    Mais la critique des médias exige exactement ce qu'on exige des médias : des putain de faits et pas des procès d'intention, pas de la télépathie politique, pas un « tout le monde connaît les tendances du Berry !! » balancé comme si la ponctuation tenait lieu de démonstration, et surtout un minimum de cohérence

    Parce que quand Frontières revendique une ligne engagée, certains appellent ça de la franchise mais quand Le Berry envoie un journaliste couvrir des syndicats, les mêmes découvrent soudain le péril mortel de l'opinion dans la presse

    Curieuse conception de l'impartialité, une impartialité qui devient obligatoire uniquement quand l'info ne va pas dans le bon sens

    Alors non, un journal n'est pas là pour vous donner raison, il n'est pas là pour faire disparaître les gens que vous n'aimez pas, il n'est pas là pour décider qu'un syndicat n'existe plus parce que son discours vous agace, pas plus qu'il n'est là pour annuler un banquet parce qu'il déplaît à d'autres

    Il est là pour raconter ce qui se passe, et, parfois, forcément, ce qui se passe vous contrarie, ce n'est pas un défaut de l'info, c'est justement exactement pour ça qu'elle existe ! 

    Quant à Rémy vous avez le droit de ne pas l'aimer, mais si vous voulez attaquer son intégrité pro, venez avec mieux qu'un pouce bleu, trois insinuations et vos certitudes politiques

    Venez avec des faits

    C'est exactement ce que vous exigez d'un journaliste, il serait peut être temps de vous l'appliquer aussi

    in Les chroniques de l'hystérique
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