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    La chronique de l'hystérique

    La suppléante est fournie. Avec les piles, le mode d'emploi? Et le ticket de caisse on le garde ?
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  • La chronique de l'hystérique
  • 24 août 2026 par
    RB & B
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    Il paraît qu’on fournit encore les femmes en politique

    Il y a parfois des phrases qui résument à elles seules quelques décennies de féminisme encore manifestement nécessaires


    Il décide de fournir la suppléante


    Voilà trois mots et soudain, quelques siècles de patriarcat tiennent dans une phrase, parce qu’il ne s’agit pas ici seulement d’un verbe maladroit, il s’agit de la place qu’on donne à une femme dans la phrase, et, parfois, dans la politique

    Le candidat, lui, existe, il vient, il parle, il décide, il négocie, il mène. Et la femme ? On la fournit 

    C’est admirablement synthétique, elle n’est même plus sujet de sa propre histoire, elle devient complément d’objet, remarquez, linguistiquement, au moins, le patriarcat a le mérite de la cohérence

    On fournit une salle, on fournit du matériel, on fournit des affiches, on fournit un repas, et donc, apparemment, on fournit aussi une femme ! Parce que bon, il en faut bien une quelque part hein 

    Une suppléante, une colistière, une vice présidente, une femme sur la photo, une femme pour compléter, une femme pour équilibrer, une femme pour pouvoir dire qu’il y en a une

    Mais surtout, attention : pas trop devant ! Le candidat principal reste un homme, celui qui fournit reste un homme, celui dont on parle reste un homme, et la femme, elle, apparaît au bout de la phrase comme l’accessoire réglementaire du dispositif

    Madame est incluse dans l’offre, magnifique progrès ! 

    Des générations de femmes se sont battues pour voter, être élues, décider, gouverner, parler en leur nom, et nous voilà arrivées à ce formidable sommet de l’émancipation : être fournies ! On devrait peut être s’estimer heureuses, autrefois, on demandait aux femmes de se taire, aujourd’hui, elles peuvent être livrées avec le candidat, on avance... doucement, très doucement


    Alors oui, évidemment, on nous dira que ce n’était qu’une expression  et c’est justement toujours fascinant, cette façon de considérer les mots comme insignifiants uniquement une fois qu’ils ont révélé quelque chose de gênant! 

     Parce que les mots ne tombent pas du ciel, ils racontent des habitudes, des représentations, une manière presque inconsciente de considérer qui agit et qui accompagne, qui décide et qui complète, qui est indispensable par lui même et qui est ajouté au dispositif

    Et les femmes connaissent parfaitement ce mécanisme. Nous avons été la femme de, la secrétaire de, l'assistante de., la suppléante de, la collaboratrice de, la petite main de, la caution féminine de... 


    Toujours quelque part après le nom d’un homme


    Alors permettez moi de tiquer lorsqu’en 2026 un maire explique tranquillement qu’un homme politique va fournir la suppléante

    Parce que la question est simple, aurait il parlé ainsi d’un homme ? Aurait il annoncé avec le même naturel qu’une femme candidate allait fournir le suppléant ? Peut être, mais je serais curieuse de l’entendre

    Parce que derrière ce minuscule choix de vocabulaire se cache quelque chose de beaucoup plus vieux, cette idée qu’un homme politique est, tandis qu’une femme politique accompagne

    Lui possède une trajectoire, elle occupe une place, lui est recruté pour ce qu’il représente, elle est souvent cherchée parce qu’il faut une femme, et c’est précisément comme ça qu’on maintient les femmes à la périphérie du pouvoir tout en pouvant fièrement expliquer qu’elles y sont présente

    Regardez ! il y en a une ! On l’a même fournie! 

    Le féminisme ne consiste pas simplement à compter le nombre de femmes autour d’une table, il consiste aussi à regarder quelle place on leur donne autour de cette table

    Sont elles là parce qu’elles pensent, décident, représentent et agissent ? Ou parce qu’à un moment quelqu’un a estimé qu’il fallait compléter la photo ? 

    Une femme engagée en politique n’est pas une pièce détachée de candidature, elle n’est pas l’option parité, elle n’est pas un accessoire électoral, elle n’est pas un quota avec un prénom, et surtout  elle n’est pas fournie par un homme ! 

    Elle choisit, elle accepte, elle refuse, elle s’engage, elle décide, parce qu'elle existe politiquement par elle même

    Ce sont de tout petits verbes, mais, voyez vous, c’est fou comme ils changent tout

    Alors la prochaine fois qu’il faudra fournir quelque chose, Monsieur le Maire, j’ai bien une suggestion, fournissez le respect

    Pour les femmes, en revanche, rassurez vous, elles n’ont besoin de personne pour exister ! 

    in Les chroniques de l'hystérique
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