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    La chronique de l'hystérique

    Le jour où l'on ne sursaute plus face au RN
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  • La chronique de l'hystérique
  • 22 août 2026 par
    RB & B
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    Le 19 septembre, Jean Philippe Tanguy viendra à Vierzon, député du Rassemblement National, figure nationale du parti

    Le plus inquiétant n'est peut être même pas qu'il vienne, le plus inquiétant c'est que bientôt plus personne ne trouvera ça particulièrement remarquable

    Voilà comment ça commence, ou plutôt voilà comme ça continue

    Il n'y a pas de sirène, pas de panneau lumineux indiquant que la frontière vient de bouger, non, ça se fait beaucoup plus doucement, presque poliment. On commence par changer les mots, on ne dit plus extrême droite, on dit patriotes, on dit union, on dit rassemblement, on dit droite populaire, on dit qu'il faut arrêter de caricaturer, on explique que les anciennes catégories politiques n'ont plus de sens, que le mot dérange, que l'étiquette est injuste, que décidément ceux qui parlent encore d'extrême droite sont obsédés.

    Et pendant qu'on débat interminablement de l'étiquette les idées, elles, avancent très bien sans elle

    Puis, viennent les visages, un premier, on s'étonne, un deuxième on proteste encore un peu, un troisième on commence à hausser les épaules, et finalement Jean Philippe Tanguy vient tenir une réunion politique à Vierzon comme s'il s'agissait d'un chanteur programmé aux Estivales, comme d'un auteur invité dans une librairie, comme d'une brocante annoncée dimanche matin et c'est précisément là que se situe le danger, dans le moment où l'évènement cesse d'en être un 

    La normalisation ce n'est pas forcément convaincre tout le monde de voter RN, c'est beaucoup plus subtil, c'est faire en sorte que sa présence ne choque plus, que son vocabulaire ne surprenne plus, que ses obsessions deviennent les sujets ordinaires du débat, que ses représentants deviennent des invités comme les autres, que les mêmes idées, répétées suffisamment longtemps, finissent par perdre leur caractère radical simplement parce que nous les avons déjà entendues mille fois

    C'est transformer progressivement une frontière politique en ligne pointillée, puis effacer la ligne, et lorsqu'elle a disparu, expliquer qu'elle n'a jamais existé

    On nous l'a suffisamment répété à Vierzon, il ne faudrait surtout pas voir de l'extrême droite partout, très bien

    Seulement voilà...

    Il arrive un moment où elle finit tout de même par envoyer elle même ses députés, et là la gymnastique devient franchement compliquée, Jean Philippe Tanguy ne vient pas incognito, il ne vient pas comme simple citoyen, il ne vient pas parler jardinage ou patrimoine local, il vient faire de la politique, sous les couleurs d'un parti dont il est l'une des figures nationales, et c'est précisément parce que ça devient banal qu'il faut continuer à le regarder 

    L'histoire politique nous apprend au moins une chose, les idées extrêmes gagnent rarement parce qu'un matin une population entière se lève en décidant de devenir radicale, elles gagnent d'abord en devenant familières, fréquentables, présentables, et enfin, normales, on cesse d'interroger certains mots, puis certaines positions, puis certaines alliances

    Un jour on s'indigne, le lendemain on débat et quelque mois plus tard, on s'habitue, et bientôt celui qui continuera à s'inquiéter deviendra lui même suspect d'exagération, on dramatise, on voit le mal partout, on est hystériques....

    C'est pratique finalement l'hystérie , ça dispense d'écouter ce que dit celle à qui on colle l'étiquette, alors puisque ce titre ma gracieusement été offert, permettez à l'hystérique de poser une question simple : A partir de combien de fois faut il cesser de parler de coïncidences er commencer à parler de normalisation ?  Parce que c'est de ça dont il s'agit

    Non pas d'interdire Tanguy, non pas d'empêcher qu'il soit écouté, puisque la démocratie ne consiste pas à faire taire les opinions que l'on combat, elle consiste à pouvoir les nommer, les contester et rappeler d'où elles viennent 

    Le problème n'est donc pas que Jean Philippe Tanguy puisse parler à Vierzon, le problème serait que nous finissions par considérer sa venue comme tellement banale que plus personne ne se demande ce qu'elle signifie

    Un meeting dure des heures, puis les lumières s'éteignent, les micros sont rangés les chaises empilées, la salle se vide, la normalisation elle, reste, elle reste dans les mots, dans les réflexes, dans ce qui ne choque plus, dans ce qu'on accepte désormais d'entendre sans même lever un sourcil, et c'est peut être ça le véritable basculement politique d'une ville

    Pas le jour où un député RN vient y tenir un réunion mais le jour où sa venue ne fait plus sursauter personne 

    Alors non, Vierzon n'est pas réductible à un parti, elle n'est pas réductible à son maire, elle n'est pas réductible à un résultat électoral, elle appartient à celles et ceux qui y vivent, quels que soient leurs votes, leurs histoires ou leurs convictions et c'est précisément pour cette raison qu'il rester attentif à ce que l'on transforme peu à peu en paysage, parce qu'une démocratie ne s'abime pas seulement lorsque certaines parole deviennent interdites, elle peut aussi s'abimer lors que certaines idées deviennent tellement ordinaires qu'on oublie pourquoi elles nous inquiétaient

    Le 19 septembre, Jean Philippe Tanguy fera son meeting, il repartira, Vierzon restera, la vraie question sera alors celle ci : Qu'est ce qui, entre temps, nous sera devenu un peu plus normal ?

    Moi j'ai choisi, je continuerai à sursauter 





    in Les chroniques de l'hystérique
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