Au-delà des polémiques suscitées par les commémorations du 15 août dernier, voici l'histoire d'après le récit de l'archiviste Alain Leclerc.
"Des événements tragiques vont avoir lieu à Vierzon jusqu'à la toute fin de l'occupation allemande, le 4 septembre 1944. Le 16 août, ce sont quatre vierzonnais qui seront emmenés comme otages et dont on a jamais eu la moindre explication quant aux circonstances de leur disparition.En ce mois d'août, il reste environ cent à cent cinquante soldats allemands stationnés à Vierzon toutes unités confondues, essentiellement des feldgendarmes contrôlant le chemin de fer.
Cette soirée du 15 août, deux soldats allemands âgés, cantonnés au château des Forges, viennent s'installer au café de l'église voisin. Deux maquisards les font prisonniers dans le double but de récupérer leurs armes et de leur faire faire « la popote » du maquis. Ne les voyant pas revenir, un soldat est envoyé à leur recherche et passe par le café de l'église où la propriétaire madame veuve Rolland admet le passage des deux soldats.

Le lendemain matin 16 août à 9h00, les gestapo de Vierzon et Bourges encerclent le café de l'église. Tout le quartier est bouclé. Toutes les personnes, hommes, femmes et enfants sont parqués dans la cour, devant l'église des Forges, avec ordre de mettre les mains sur la tête et de ne pas bouger. Une mitrailleuse est placée à l'entrée de la place, dirigée vers le groupe qui grossit au fur et à mesure que la matinée passe. Ainsi à midi les ouvriers des usines voisines viennent grossir les rangs des otages.
La gestapo finit par obtenir un renseignement important : les maquisards qui ont procédé à l'enlèvement des soldats allemands auraient été vus au « café du chalet » voisin, préfabriqué au bord du canal de Berry, près du « pont jaune ». Voulant retarder l'arrivée des allemands le 20 juin 1940, les troupes du génie avaient fait sauter ce pont, le souffle détruisant le café du chalet par la même occasion. 
À son emplacement, se dressait, depuis cette date, un préfabriqué permettant aux époux Caillat de poursuivre leur activité de débitant de boissons. Dans ce café, les allemands surprennent le maquisard Charles Hémel, chauffeur pour les FFI, en compagnie de Girardot, sous-lieutenant FFI du groupe Vengeance et un troisième maquisard dont l'identité n'a jamais été totalement assurée.
Avant que les feldgendarmes aient pu procéder au contrôle des identités, Hémel sort son arme et tue un feldgendarme. Les trois maquisard s'enfuient en plongeant dans l'Yèvre. Hémel est abattu sur place. Son corps se balancera toute la journée aux branches d'un arbre. Ce ne sera que tardivement le soir qu'il sera sorti de l'eau par des voisins. Girardot réussit à se cacher dans les roseaux qui poussaient en abondance sur les rives du canal. Quant au troisième homme il a réussi à s'enfuir en passant sous le pont jaune rafistolé.
À l'intérieur du café, les autres consommateurs sont également raflés, envoyés dans la cour de l'église. Parmi eux se trouvait Madame Caillat, propriétaire des lieux. Elle n'a aucun papier sur elle et veut récupérer son sac à main dans son café. Cela implique de faire demi-tour et elle n'ose pas. C'est un alsacien, interprète au sein de l'usine de la Vence (Timken Nadella) qui demande pour elle si elle peut retourner chercher son sac à main. Il lui est répondu que oui. 
À peine ressortie de son établissement, elle est alors interpellée et mise en état d'arrestation, du simple fait qu'elle est propriétaire du café où Hémel a tué un feldgendarme.Les troupes allemandes vont alors détruire son baraquement provisoire à coups de grenades. Après contrôle d'identité, tous les otages retenus place de l'église sont libérés. Néanmoins, quatre personnes ont été désignées otages et arrêtées. Outre madame Alice Caillat (38 ans), propriétaire du café du chalet, il s'agit de Madame Marie-Louise Rolland (51 ans), mère du propriétaire du café de l'église (qui lui a eu le temps de s'échapper) ; Madame Madeleine Chantelat (24 ans), serveuse au café de l'église ; Monsieur Camille Lurat (23 ans), chauffeur du bus de la Vence.
Tous les quatre ont été vus monter dans une voiture et prendre la direction de Bourges par l'actuelle nationale 76. Depuis, plus rien...Des recherches post reddition allemande ont été entreprises. Les archives du Cher ont été consultées. Aucune trace de ces quatre vierzonnais n'a été retrouvée. Ils n'ont pas été emmenés au Bordiot de Bourges.
Quant à la gestapo de Bourges, il n'y a plus trace.Dans les années 1966 on a même fait fouiller le jardin de l'ancienne Kommandantur de la rue Jules-Louis Breton où on pensait que leurs corps avaient pu être ensevelis. Les archives de Blois et de Metz ont également été consultées suite à des informations qui se sont avérées inexactes. Les archives de Grenoble enfin ont également été consultées dans les années 1999 – 2000.
En effet quatre corps fusillés avaient été retrouvés dans un bois. Mais là encore ce n'était pas une bonne piste.Aujourd'hui il ne reste que peu d'espoir de retrouver la trace de nos quatre concitoyens. Il est plausible que les allemands, en partance vers le nord-est de la France se soient débarrassé de leurs otages en chemin. Aujourd'hui leur mémoire reste vivante ; depuis 1947 les municipalités successives perpétuent leur souvenir lors d'une cérémonie annuelle…
Images : Archives municipales Vierzon