Il existe à Vierzon un phénomène politique assez fascinant, plus on réunit de figures de l’extrême droite, plus on vous explique qu’on n’est surtout, surtout, pas d’extrême droite !
C’est subtil hein
Depuis la campagne municipale, l’équipe aujourd’hui aux commandes répète à qui veut l’entendre qu’il faudrait cesser avec ces vilaines étiquettes
Extrême droite ? Quelle idée ! Quelle obsession ! Quel procès d’intention !
Alors d’accord
Nous sommes des gens ouverts, nous voulons bien faire un effort
Essayons donc très fort de les croire
Commençons par le directeur de campagne : Franck Timmermans
Cofondateur du Front national, ancien secrétaire national du parti, passé également par le MNR après la scission mégrétiste
Mais attention, n’allez surtout pas en tirer de conclusions hâtives, ce serait mesquin
Pendant la campagne, Jean-Yves Le Gallou fait également un passage par Vierzon et prend la parole lors d’un événement de soutien à Yannick Le Roux
Ancien cadre du Front national, ancien dirigeant du MNR, figure historique de la mouvance identitaire, mais toujours aucun rapport, une malencontreuse coïncidence géographique, probablement
Puis vient Bruno Gollnisch
Ancien numéro deux du Front national, ancien député européen FN, vieux compagnon de route de Jean-Marie Le Pen, lui aussi passe voir le candidat,encore un hasard
À ce stade, le hasard commence quand même à avoir un sacré carnet d’adresses non?
Mais soyons raisonnables, ne tombons surtout pas dans cette manie épouvantable qui consiste à regarder qui entoure une équipe politique pour tenter de comprendre où elle se situe politiquement
Ce serait beaucoup trop facile
Et voilà maintenant qu’est annoncée, pour le 19 septembre, une « réunion de rentrée » avec Jean-Philippe Tanguy
Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national, alors évidemment, je sais déjà ce qu’on va nous expliquer
Ça ne veut rien dire, Timmermans ne veut rien dire, Le Gallou ne veut rien dire, Gollnisch ne veut rien dire, Tanguy ne veut rien dire
Pris séparément, absolument rien ne veut jamais rien dire, c’est pratique
Parce qu’à ce rythme là, si demain Marine Le Pen vient couper le ruban d’une inauguration, on nous expliquera sans doute qu’elle passait simplement dans le quartier et qu’elle avait une paire de ciseaux sur elle
Le problème, voyez vous, ce ne sont pas les étiquettes, on peut retirer toutes les étiquettes que l’on veut d’un bocal, ce qu’il contient ne change pas pour autant
Et quand votre directeur de campagne est un ancien cadre historique du Front national, que des personnalités comme Jean-Yves Le Gallou et Bruno Gollnisch viennent graviter autour de votre campagne et que votre rentrée politique accueille un député du Rassemblement national, il devient légèrement compliqué de continuer à jouer les vierges effarouchées chaque fois que quelqu’un prononce les mots « extrême droite »
Parce qu’à un moment, ce n’est plus un procès d’intention, c’est un trombinoscope
On veut bien être naïfs, on veut bien croire aux rencontres fortuites, aux vieilles amitiés, aux invités de passage et aux incroyables concours de circonstances, mais il faudrait quand même éviter de prendre les Vierzonnais pour des poissons rouges
Une fois, c’est une rencontre, deux fois, c’est une coïncidence, trois fois, ça commence à ressembler à une ligne politique
Et à quatre, franchement… ce n’est plus une coïncidence, c’est un organigramme
Mais rassurez vous !
Ils ne sont pas d’extrême droite
Ils ont juste apparemment beaucoup, beaucoup, beaucoup d’amis qui le sont...