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    Le féminisme n'a pas de parti

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  • Les chroniques de l'hystérique
  • Le féminisme n'a pas de parti
  • 15 août 2026 par
    RB & B
    | Aucun commentaire pour l'instant


    Il paraît que je suis hystérique. Bon.

    Ce week-end, quitte à honorer le titre, j'ai décidé de parler féminisme

    Autant dire que je prends des risques hein... Une femme, qui donne son avis sur les droits des femmes, sans demander l'autorisation à une homme préalablement, on est déjà sur un terrain particulièrement inflammable

    Et puisque le prochain forum des associations de Vierzon accueillera Eclats de femme, association fondée par Claire Geronimi, l'occasion était trop belle

    Alors commençons par ce qui devrait normalement tenir en une phrase mais qui, vu l'époque, mérite probablement un panneau lumineux de douze mètres sur huit : 

    Claire Geronimi a été violée, elle est une victime, ce qu'elle a subi est abject, criminel et indiscutable

    Maintenant que c'est écrit, me permettez vous de parler de politique ? 



    Un viol n'a pas de passeport 

    Claire Geronimi a fait le choix de médiatiser son histoire et c'est son droit le plus absolu, elle explique elle même avoir voulu transformer son expérience en engagement, d'abord associatif puis politique

    Elle a rejoint l'UDR d'Eric Ciotti et en est devenue vice présidente, elle expliquait d'ailleurs dans le JDD avoir accepté avec enthousiasme de poursuivre son combat dans l'espace politique... 

    Très bien, mais à partir du moment où l'on rentre dans l'espace politique, il se passe quelque chose d'assez fou ; Les autres ont le droit de discuter vos idées

    Oui, je sais, ce concept est assez révolutionnaire

    Et ce qui me dérange profondément dans le discours porté depuis par Claire Geronimi ce n'est évidemment pas qu'elle parle de son viol, c'est qu'à force d'entendre parler de son agresseur on entend presque autant parler de son OQTF que du fait qu'il était un violeur

    Elle affirme ainsi que ce qu'elle a vécu serait indissociable d'une immigration totalement hors de contrôle et explique qu'on ne pourrait pas défendre les femmes sans parler de ce sujet 

    Et là, féministe que je suis, je tousse légèrement

    Parce que le problème fondamental d'un violeur, voyez vous, c'est assez rarement son passeport. C'est qu'il viole

    Un homme français qui viol est un violeur. Un homme riche, pauvre, blanc, noir, catholique, musulman, athée, né à Paris, Bangui ou Vierzon qui viol est un violeur ! 

    La violence sexuelle n'a pas attendu l'immigration pour exister et le patriarcat n'est malheureusement soumis à aucune obligation de quitter le territoire

    Dommage d'ailleurs, pour une fois j'aurais soutenu une expulsion massive


    Deux victimes, deux lectures 

     Il y a d'ailleurs quelque chose que je trouve particulièrement intéressant dans cette affaire, Claire Geronimi n'était pas la seule victime de cet homme, une autre femme, Mathilde, avait été agressée le même jour et Mathilde a eu cette phrase extrêmement simple : "Le vrai problème c'est le viol, ce n'est pas l'immigration"

    Voilà, deux femmes, le même agresseur, le même crime et pourtant deux conclusions politiques différentes 

    Ce simple fait devrait suffire à rappeler une évidence, une expérience traumatisante ne donne pas automatiquement raison à l'idéologie que l'on décide ensuite d'en tirer

    On peut écouter Claire Géronimi, on doit reconnaître ce qu'elle a subi, on peut entendre sa colère contre l'Etat lorsqu'un homme faisant l'objet d'OQTF n'a pas été éloigné et on peut exactement dans le même temps refuser que la lutte contre les violence faites aux femmes soit progressivement transformée en annexe de débat sur l'immigration

    Ce n'est pas manquer de compassion, c'est faire de la politique, puisqu'elle même a décidé d'en faire 


    Association apolitique ? Vraiment ? 

    Et nous voilà donc à Eclats de femme

    Claire Geronimi assure que son association est, et restera apolitique, elle affirme qu'elle accompagne toutes les victimes et qu'elle ne porte pas de message politique. Fort bien.

    Je vais alors poser une simple question d'hystérique : à partir de combien de prises de positions politiques l'apolitisme commence à se fatiguer ? Parce que sa fondatrice est vice présidente de l'UDR d'Eric Ciotti, elle explique avoir rejoint ce parti pour défendre son féminisme mais aussi ses positions sur la sécurité. Dans un entretien commun, Ciotti liait explicitement la lutte contre les violences sexuelles et proportion d'étrangers parmi les mis en cause dans les transports en commun franciliens, Claire Geronimi, déclarait elle même après son agression "très vite j'ai compris que l'engagement social ne suffisait pas. Il fallait aussi un engagement politique."

    Encore une fois, elle en a parfaitement le droit, mais il faut peut être choisir. On ne peut pas réclamer le statut confortable de l'association apolitique lorsque l'on entre dans un forum associatif et, une fois les portes fermées, retrouver une fondatrice vice présidente de parti expliquant publiquement que son combat féministe engloe immigration, OQTF, sécurité et identité. Enfin, si apparemment, on peut 

    Mais on peut aussi trouver le mélange légèrement indigeste !


    Les mauvaises féministes 

    Il y a également cette petite musique récurrente, Claire Geronimi affirme avoir été abandonnée par les féministes de gauche, parce qu’elle ne serait pas la bonne victime puisque son agresseur n’était pas le bon

    Le problème, c’est que cette présentation a elle aussi été contestée, la présidente de la Fondation des Femmes a expliqué que Claire Geronimi avait bien été orientée, comme les autres victimes de viol qui les sollicitent, vers leur dispositif partenaire spécialisé

     Donc résumons, si des féministes contestent la lecture politique faite de son agression, elles ne contestent pas nécessairement son statut de victime et c’est là une nuance apparemment devenue extraordinairement compliquée

    Je peux soutenir une femme victime de viol sans soutenir Éric Ciotti, je je peux dénoncer les violences sexuelles sans transformer chaque agresseur étranger en démonstration sur l’immigration, je peux réclamer que les OQTF soient exécutées lorsque la loi le prévoit sans prétendre que l’origine explique le viol, je peux être féministe sans accepter qu’on repeigne des idées identitaires en violet pour leur donner un petit air de lutte pour les droits des femmes

    Ça porte même un nom : le fémonationalisme

    Et oui, le mot va probablement en énerver quelques uns hein, mais je m’en remettrai


    Et Vierzon dans tout ça ? 

    Alors la présence annoncée d’Éclats de Femme au Forum des associations de Vierzon me pose question, pas parce qu’il faudrait interdire à Claire Geronimi de parler, non pas parce que son association n’aiderait aucune victime et certainement pas parce que je nierais son traumatisme mais parce qu’un forum associatif n’est pas un endroit politiquement neutre par magie simplement parce qu’on pose une nappe sur une table et trois prospectus dessus

    Quand une structure se présente comme apolitique alors que sa fondatrice est une responsable nationale d’un parti politique et qu’elle a elle même fait de son histoire personnelle le point de départ revendiqué de son engagement politique, nous avons parfaitement le droit d’interroger la frontière entre les deux

    Et surtout nous avons le droit de rappeler quel féminisme nous voulons! 

    Le mien ne demande pas ses papiers à un violeur avant de le condamner, le mien ne considère pas qu’une victime blanche agressée par un étranger démontre quelque chose sur l’immigration tandis qu’une femme violée par un Français serait simplement victime d’un fait divers, le mien s’intéresse au consentement, à l’éducation, au sexisme, aux violences conjugales, aux agressions sexuelles, à l’emprise, à la domination et à la manière dont notre société fabrique encore des hommes persuadés que le corps des femmes leur appartient

    Parce qu’au bout du compte, ce qui relie les violeurs entre eux n’est pas leur nationalité, c’est qu’ils violent

    Ça paraît presque trop simple, le féminisme n’est pas un poste frontière Claire Geronimi a parfaitement le droit d’être de droite, elle a parfaitement le droit de rejoindre Éric Ciotti, elle a parfaitement le droit de penser que l’immigration est un problème majeur., elle a parfaitement le droit de construire son engagement politique à partir de ce qu’elle a vécu

    Et moi, j’ai parfaitement le droit de répondre que ce n’est pas mon féminisme, parce que défendre les femmes uniquement lorsqu’elles permettent de raconter l’histoire politique que l’on avait envie de raconter, ce n’est plus vraiment de la sororité, c’est de la communication

    Le féminisme n’a pas vocation à devenir une douane où l’on trie les agresseurs selon leur nationalité avant de décider quelle indignation utiliser, les femmes n’ont pas besoin qu’on transforme leurs traumatismes en carburant électoral

    Elles ont besoin qu’on les croie, qu’on les protège, qu’on poursuive leurs agresseurs, qu’on les condamne, tous

    Même lorsqu’ils ont une carte d’identité française, même lorsque cette fois, malheureusement, l’OQTF ne pourra sauver aucun discours

    Mais bon. Que voulez-vous. Je dois être hystérique




    in Les chroniques de l'hystérique
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